Les collections du département desarts graphiques Musée du Louvre
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PERRONEAU Jean-Baptiste


Ecole française

Portrait de Pierre Bouguer de l'Académie de Sciences (1698-1758).

INVENTAIRES ET CATALOGUES :
Cabinet des dessins
Fonds des dessins et miniatures
INV 32351, Recto

Anciens numéros d'inventaire :
NIII34073

LOCALISATION :
Sully II
Epi 12

ATTRIBUTION ACTUELLE :
PERRONEAU Jean-Baptiste

TECHNIQUES :
Pastel sur papier bleu marouflé sur une toile préparée tendue sur châssis. La feuille d'œuvre n'est pas rabattue sur le bord inférieur. La composition est par conséquent prolongée sur la toile de marouflage. Signé et daté à gauche, vers le bas, à la mine de plomb : Perroneau / 1753. Traces d'une première signature plus petite un peu plus haut. Sur le panneau de bois assurant la protection du châssis, à la plume et encre brune : Monsieur Bonguere [sic] de l'académie Royal des Siences pein par Perronneau de l'Academie royal de peinture en 1753. Mesures du cadre : H : 00,87, L : 00,75 et profondeur : 00,08. La restauration de cette œuvre a été rendue possible grâce au soutien de la Stockman Family Foundation avec la collaboration des American Friends of the Louvre en 2012.
H. 00,677m ; L. 00,553m


COMMENTAIRE :
Pierre Bouguer (1698 - 1758) était mathématicien et géographe. Le verso du cadre porte une inscription manuscrite à la plume et encre brune, sur le fond de bois : 'Monsieur Bouguere (sic) de l'Académie Royale (sic) des Sciences (sic) pein (sic) par Perroneau de l'Académie Royal (sic) de peinture en 1753' elle est de Peronneau qui fit à plusieurs reprises ce type d'inscriptions. Geneviève Monnier, 'Pastel XVIIe et XVIIIe siècles, Musée du Louvre, Cabinet des Dessins' Inventaire des collections publiques françaises, 18, Paris, 1972, n° 91 à 96 ; Jean-François Méjanès, dans cat. exp. 'Acquisitions 1984-1989, département des Arts graphiques', musée du Louvre, Paris, n° 109. A propos de la publication de Dominique d'Arnoult, Jean-Baptiste Perronneau, ca. 1715-1783. Un portraitiste dans l'Europe des Lumières, Arthena, 2014, lire : Xavier Salmon, Jean-Baptiste Perronneau la main virtuose, Histoire de l'art / Jean-Baptiste Perronneau, Grande Galerie, Le Journal du Louvre, n° 32, 2015, p. 86-89. Le portrait a été gravé en 1779 à l'eau-forte et au burin par Simon Charles Miger (1736-1820). L'estampe fut exposée au Salon la même année sous le numéro 275 : « Le portrait de feu M. Bouguer de l'Académie des Sciences ». Une copie de la fin du XIXe siècle peinte au pastel a été vendue à Paris à l'hôtel Drouot le 12 mars 2013 (lot 6, repr., comme Laurent Cars, Me Morel). On connaît également une copie du pastel dessinée à la sanguine (0,550 × 0,465 m). Bien qu'il ne soit mentionné dans le livret ni sous le nom de Perronneau ni sous celui de La Tour, le portrait de Pierre Bouguer semble avoir été exposé au Salon de 1753. Dans les « Sentimens sur quelques ouvrages de peinture, sculpture et gravure, écrits à un particulier en province », Lafont de Saint-Yenne indiquait en effet cette année-là au sujet de Maurice Quentin de La Tour : « Je dois encore une louange au Sr de La Tour qu'il aura la bonté de souffrir. C'est son amour et son zèle pour l'honneur de la nation, qui lui fait ajouter à l'immortalité des écrits de nos auteurs illustres celle de leurs Portraits, qui transmettront à la postérité l'esprit de leur phisionomies et la vie de leurs traits gravés d'après lui à la tête de leurs ouvrages. Tels sont ceux des La Condamine, les Bouguer, les d'Alembert, les La Chaussée, les Duclos, les Montalembert, les Mondonville, les Nolet, les Le Moine, les Silvestre et une infinité d'autres parmi lesquels vous aurez surement distingué le Sr Silvestre, premier peintre du Roi de Pologne, par le savant pittoresque et le caractère fier et vigoureux que le Sr de La Tour a mis dans le clair obscur de cette belle tête. Je ne serai point assés adulateur à son égard, ne l'étant de qui que ce soit, pour dire que tous ses portraits soient égaux et qu'ils ayent tous le même degré de perfection ; et quel est l'auteur dans aucun genre toujours semblable à lui-même ? » En citant parmi les œuvres exposées de La Tour l'effigie de Pierre Bouguer, La Font de Saint-Yenne commettait une erreur puisqu'elle était due à Perronneau, mais il révélait aussi par là même la présence du pastel à l'exposition, car il semble qu'il avait été ajouté après parution du livret aux autres pastels et à ses deux morceaux de réception. La confusion est en soi très intéressante. Dans l'esprit des contemporains, le portraitiste des célébrités intellectuelles du règne de Louis XV n'était pas Perronneau mais La Tour. Pourtant, au Salon de 1753, Perronneau présentait plusieurs effigies de personnages renommés, tels la princesse de Condé (no 122) ou l'horloger du roi Julien Le Roy (no 126). Pierre Bouguer n'était pas non plus un total inconnu. Hydrographe, mathématicien et physicien, il avait publié dès 1729 son « Essai d'optique sur la gradation de la lumière », qui lui avait valu une certaine notoriété. Nommé professeur d'hydrographie au Havre en 1730 avant de succéder à Pierre Louis Maupertuis comme géomètre associé à l'Académie des sciences, il avait fait partie à la demande du souverain, en compagnie de Charles Marie de La Condamine et de Louis Godin,de l'expédition chargée en 1735 de mesurer au Pérou un degré d'arc de méridien près de l'équateur. En 1753, il publiait son Nouveau traité de navigation, contenant la théorie et la pratique du pilotage. La même année,au Salon, son portrait aurait donc dû légitimement attirer l'attention, et ce d'autant plus que La Tour exposait celui de La Condamine, avec qui Bouguer s'était violemment brouillé après avoir exposé en 1744 sans son confrère les résultats du voyage péruvien. Il n'en fut rien. Seul à citer le pastel immortalisant les traits du savant, La Font de Saint-Yenne le donna à La Tour et non pas à son véritable auteur. Tous les autres critiques louèrent cependant chez Perronneau la légèreté de la touche, la fraîcheur du coloris et le caractère du dessin (Huquier fils dans la Lettre sur l'exposition des tableaux au Louvre avec des notes historiques), ou bien son mérite pittoresque (Baillet de Saint-Julien dans La Peinture, ode de Milord Telliab, traduite de l'anglois par M***, un des auteurs de l'Encyclopédie), mais tout en concluant que Perronneau suivait de près La Tour... sans le surpasser ! (Xavier Salmon, Pastels du musée du Louvre XVIIe -XVIIIe siècles, Louvre éditions, Hazan, Paris, 2018, cat. 115, p. 240-241).

INDEX :
Personnes : Bouguer, Pierre
Sujets : portrait
Techniques : pastel

REFERENCE DE L'INVENTAIRE MANUSCRIT :
vol. 13, p. 227