Les collections du département desarts graphiques Musée du Louvre
Mise à jour de la fiche 02/02/2021 Attention, le contenu de cette fiche ne reflète pas nécessairement le dernier état du savoir.

DELATOUR Maurice Quentin


Ecole française

Portrait de Louis XV (1710-1774); roi de France.

INVENTAIRES ET CATALOGUES :
Cabinet des dessins
Fonds des dessins et miniatures
INV 27615, Recto

Anciens numéros d'inventaire :
NIII30913

LOCALISATION :
Réserve des pastels

ATTRIBUTION ACTUELLE :
DELATOUR Maurice Quentin

TECHNIQUES :
Pastel sur trois feuilles de papier gris-bleu assemblées à joints couvrants,collées en plein sur une toile tendue sur châssis. Tasseaux ajoutés sur les quatre côtés du châssis. H. 0,650 ; L. 0,543 m (dimensions du châssis d'origine) H. 0,680 ; L. 0,578 m (dimensions avec tasseaux) Sur la toile de marouflage, numéro à la pierre noire : 1011 (?). Sur la traverse horizontale du châssis, numéro à la pierre noire : 1051. Restauré en 2004. La restauration de cette œuvre a été rendue possible grâce au soutien de Daniel Nathan Kahn avec la collaboration des American Friends of the Louvre en 2012.
H. 00,600m ; L. 00,540m

HISTORIQUE :
Le 25 mars 1752, sur l'exercice financier de 1749, La Tour recevait le parfait paiement des huit portraits de la famille royale dont son mémoire (A.N., O1 1934 A, cité par Engerand, 1900, p. 270) précisait qu'ils représentaient à deux reprises le roi, à deux reprises la reine, à trois reprises Mgr le Dauphin, et une fois feue Mme la Dauphine, et qu'ils avaient été peints entre 1746 et 1749 : « Au sieur De la Tour, peintre, 1 100 livres pour faire, avec 10 900 à lui ordonnés acompte, scavoir 6 000 livres sur l'exercice 1745, les 19 may et 24 décembre audit an, et 4 900 livres sur l'exercice 1749, les 6 may, 3 aoust 1750, 28 mars et 9 octobre 1751, le parfait payment de 12 000 livres à quoi ont esté mis deux portraits du Roy, deux de la Reine, trois de M. le Dauphin et un de Mme la Dauphine,qu'il a faits en pastel pendant les années 1744, 1745, 1746, 1747, 1748 et 1749 » (ibid., p. 270). Exposé au Salon de 1748 (no 77. Le Roy). En 1784,Durameau inventorie dans la cinquième pièce des magasins de la Surintendance à Versailles les deux portraits du roi, celui du Salon de 1745 et celui du Salon de 1748 (archives du château de Versailles, reproduction photographique du relevé des murs de la Surintendance, p. 18. Document original détruit). Saisie révolutionnaire. Inscrit par Morel d'Arleux avant 1827 sur l'inventaire général du musée Napoléon devenu Musée royal, sous le numéro 12974 (t. IX, p. 1740. Il est précisé que l'œuvre se trouvait encore en 1827 au Grand Trianon). À nouveau inscrit en 1832 sur l'inventaire général des musées royaux sous le numéro 12974 (A.N.,1 DD 97, p. 1723). Restauré en 2004 (dépoussiérage de la toile de marouflage, suppression de moisissures dans l'angle inférieur droit, mise en place dans un cadre emboîtant) et en 2012 (dépoussiérage de la toile de marouflage, nettoyage des restes de papier à l'arrière du châssis, élimination de la protection arrière et réencadrement dans un cadre emboîtant).
Dernière provenance : Louis XV, collection de


COMMENTAIRE :
Il porte les cordons de l'Ordre du Saint-Esprit et de celui de la Toison d'Or. Geneviève Monnier, Inventaire des Collections Publiques Françaises, Pastels des XVIIe et XVIIIe siècles, Musée du Louvre, 1972, n° 66. Christine Debrie, Maurice-Quentin de La Tour, Peintre de portraits au pastel et Peintre du Roi, 1704 - 1788, p. 22-31, repr. p. 25, dans Versalia, Revue de la Société des Amis de Versailles, n° 1, 1998. Neil Jeffares donne ce pastel à Maurice-Quentin de La Tour, portrait de Louis XV (1710-1774), roi de France (Dictionary of pastellists before 1800, Londres, 2006, p. 294). L'œuvre a fait l'objet de nombreuses copies au pastel. Citons celles conservées au musée-promenade de Marly-le-Roi - Louveciennes (0,640 × 0,540 m. Inv. 00.1.1), au musée Garinet à Châlons-en-Champagne (Inv. 899.11.352), à Remiremont, au musée Charles-Friry (Inv. 10), et à la résidence de l'ambassadeur de France en Suède, à Stockholm. Plusieurs autres exemplaires sont passés en vente : à Paris, le 9 décembre 1994 (Couturier Nicolaÿ, lot 16. 0,635 × 0,508 m), à Auxerre, le 30 octobre 2005 (Auxerre Enchères, lot 274. 0,630 × 0,520 m) puis à Paris, le 23 juin 2006 (Beaussant-Lefèvre, lot 8), à Bad Vilbel, le 31 mars 2007 (Auktionshaus Blank, lot 239. 0,410 × 0,340 m), à Londres, le 19 février 2008 (Bonhams Knightsbridge, lot 298. 0,655 × 0,555 m), à Paris, le 16 décembre 2009 (Delorme Collin du Bocage, lot 31. 0,235 × 0,190 m), et le 7 décembre 2012 (Me Thierry de Maigret, lot 26. 0,60 × 0,48 m), à Londres, le 8 décembre 2013 (Lots Road, lot 507. 0,650 × 0,540 m), et à Versailles, en 2014 (Acanthe. 0,740 × 0,650 m). Besnard et Wildenstein citent également en 1928 une version vendue à Paris les 8 et 9 mars 1847 (Bonnefons, lot 48), une autre à Liège en 1928, une autre vendue à Paris les 3 et 4 décembre 1903 (galerie Georges Petit, Me Chevallier, lot 7) et une vendue à Paris le 27 mai 1949 (galerie Charpentier). Maurice Quentin de La Tour fut l'un des rares portraitistes à obtenir de Louis XV quelques séances de pose. Il s'agissait là d'un honneur rare qui ne fut accordé qu'à très peu de reprises. On connaît aujourd'hui trois préparations témoignant de ces instants partagés avec le souverain. La première, dans la chronologie, doit être datée de 1745 ou de très peu avant. Elle est réapparue dans le commerce d'art parisien en juillet 2003 et a été offerte en 2005 au Metropolitan Museum of Art à New York par Mary Tavener Holmes en mémoire de Donald Posner (Inv. 2005.66). Exécutée sur une feuille de papier bleu collée sur une feuille de dimensions légèrement supérieures de même couleur (0,358 × 0,301 m), elle a été postérieurement rechargée en pastel, surtout autour de la perruque, mais conserve encore dans le traitement des carnations toutes les subtilités du métier de La Tour. Le visage du roi y paraît de trois quarts, tourné vers la droite. Nous avons pu établir qu'il fallait y reconnaître la préparation pour le premier portrait de Louis XV commandé par les Bâtiments en 1744, livré et exposé peu après au Salon sous le numéro 164 (Salmon,2007, p. 125-131, repr. couleurs p. 12 et 13). Longtemps perdue après avoir été encore inventoriée en 1784 dans les magasins de Versailles, cette première effigie du roi a toutes les chances d'être le pastel qui appartint successivement à Delaherche (sa vente, Paris,10-11 mai 1889, lot 176 en pendant d'un portrait de la reine sous le lot 177), puis à Philippe Sichel (sa vente, Paris, 22-28 juin 1899, lots 31 et 32 pour le portrait de la reine) et au comte de B*** (sa vente, Paris, 9 avril 1910, lots 7 et 7 bis pour le portrait de la reine). C'est à l'occasion de ce dernier passage à l'encan qu'il fut séparé de son pendant pour être acquis par l'arrière-grand-père des personnes qui nous l'avaient signalé à la fin de l'année 2004. Après avoir quitté la France peu après 2011, il appartient aujourd'hui à un amateur américain et est actuellement en dépôt au J. Paul Getty Museum à Los Angeles. Louis XV y paraît en armure, à mi-corps, la tête tournée vers la droite, le bras droit levé dégageant une perspective sur la cathédrale et la ville de Tournai (fig. 40). La présence de cette ville,reconnaissable grâce à sa cathédrale aux cinq tours, s'explique aisément. Pendant la campagne de Flandre, le siège de la ville avait été conduit entre le 30 avril et le 22 mai 1745. Après la capitulation, une grande messe avait été donnée dans la cathédrale en présence de Louis XV et du Dauphin. Un dîner de cinquante couverts offert par l'évêque comte de Salm-Reifferscheid avait ensuite réuni à l'évêché tous les illustres convives. La Tour suivait donc l'actualité au plus près en reproduisant le visage du souverain tel qu'il apparaissait sur la préparation peinte entre novembre 1744, mois du retour du roi à Versailles après la première campagne de Flandre, et mai 1745, date de son départ pour rejoindre Tournai. La seconde préparation fut certainement peinte en 1748 ou peu avant. Cette année-là, La Tour montra au Salon le second portrait officiel de Louis XV qui lui avait été commandé (no 77). L'œuvre suscita de nouveau peu de commentaires, sans doute parce qu'elle fut rapidement retirée pour être copiée, le visage ayant été jugé d'une si parfaite ressemblance qu'il pouvait être le modèle pour les autres artistes chargés de livrer des portraits du roi. L'abbé Louis Gougenot eut cependant le temps de la voir et loua le soin avec lequel le maître avait su rendre la cuirasse et l'habillement et considéra que, comme tous les autres pastels exposés, l'œuvre était parlante (Lettre sur la peinture, sculpture, architecture, à M*** par une Société d'amateurs, cité par Besnard et Wildenstein, 1928, p. 44). Pour Saint-Yves, on ne pouvait que se sentir frappé de respect à la vue du portrait d'un prince dont toute l'Europe admirait la hauteur dans l'âme,l'audace, le courage, les talents et les vertus (Observations sur les arts et sur quelques morceaux de peinture et sculpture exposés au Louvre en 1748...,cité ibid., p.46). Contrairement au premier portrait, pour lequel La Tour avait reproduit le visage du roi à partir de sa préparation, pour le second pastel, peut-être par manque de temps, il semble qu'il ait directement utilisé sa préparation en la découpant suivant un format rectangulaire allongé, puis en la collant sur les deux feuilles de support du pastel en prenant soin de la raccorder au buste. La méthode lui était coutumière. Peut-être témoignait-elle de la satisfaction que lui avait donnée la préparation. L'opération nécessitait de recharger l'étude en pastel ainsi que les joints afin de dissimuler le raccord. Souvent la pièce de papier rapportée était amincie et défibrée sur tout son pourtour pour amoindrir l'effet d'épaisseur. Nouvelle image du roi, le pastel avait un caractère plus officiel que celui de 1745,qui glorifiait le guerrier. Louis XV y paraissait en effet dans toute la pompe de la royauté, avec l'armure fleurdelysée, le grand collier de la Toison d'or, le cordon bleu du Saint-Esprit, et la cape à fleurs de lys doublée d'hermine. Plus que le portrait de 1745, l'effigie s'imposa comme le modèle à reproduire. Peint en 1750 par Carle Vanloo, sur commande des Bâtiments du roi, et placé dans la salle du trône à Versailles dès janvier 1751, le grand portrait de Louis XV en armure sous sa tente (version d'atelier conservée au château de Versailles,inv. MV 3751) exigea ainsi de son auteur qu'il travaille d'après La Tour en ayant pour modèle le pastel montré au Salon de 1748. Achevé par Carle Vanloo au début de l'année 1749, soit quelques mois auparavant, le grand portrait de Louis XV en habit militaire s'apprêtant à monter à cheval (Château de Versailles,inv. MV 4389) avait lui aussi nécessité d'attendre « la dernière tête de M. de La Tour », le portraitiste n'ayant pu obtenir de nouvelles séances de pose du monarque. Cette nouvelle tête semble avoir été,non pas le pastel exposé au Salon de 1748 où le souverain apparaît tourné vers la gauche, soit en contrepartie par rapport à la grande toile de Vanloo, mais la troisième préparation aujourd'hui conservée. Appartenant au fonds d'atelier laissé à sa ville natale (Saint-Quentin, musée Antoine-Lécuyer, inv. LT 108. Voir Salmon, 2004, p. 125-127, no 27, repr.), cette étude offre en effet de grandes ressemblances avec le visage de Vanloo et présente des traits aussi amincis que sur le pastel exposé en 1748. Son exécution doit donc être contemporaine de celle de ce dernier, illustrant très probablement l'une des ultimes séances de pose accordées par le roi à La Tour, sinon la dernière. Une lettre adressée par Charles Antoine Coypel au directeur des Bâtiments Lenormant de Tournehem révèle même que le roi avait certainement posé pour La Tour au début de l'année. Le 9 juillet 1748, Coypel écrivait en effet : « M. Coypel... marque à M. de Tournehem qu'il vient de donner à M. Charlier l'ordre pour le portrait du Roi et qu'il l'a chargé d'un billet, qu'il a signé, pour retirer l'original de M. de La Tour des mains du sr Liotard, chès lequel il est depuis longtems ; que, comme il ne scavoit point si ce portrait étoit pour boîte ou pour bracelet, il a dit au sr Charlier de le faire pour boîte, étant facile de le mettre en bracelet » (cité par Besnard et Wildenstein, 1928, p. 152). Le portrait auquel Liotard travaillait depuis quelque temps avec l'aide du modèle de La Tour était très certainement le pastel figurant Louis XV exposé au Salon de l'Académie de Saint-Luc au début de l'année 1751 (no 75). Aujourd'hui conservée au château de Stupinigi (Fondazione Ordine Mauriziano), l'œuvre présente le souverain comme sur la troisième préparation de La Tour, de trois quarts, le visage tourné vers la droite (Roethlisberger et Loche, 2008, I, no 182). Le musée des Beaux-Arts de Vannes détient sous le nom de Jean-Baptiste Van Loo (inv. 886.1.1) un pastel dérivant de celui de Liotard dont la ressemblance avec la troisième préparation de La Tour est encore plus marquée et confirme que le modèle mis à disposition tout au long de l'année 1748 était bien la préparation et non le pastel abouti (ibid., I, no 182, Oeuvres en rapport, repr. fig. 295). On comprend dès lors toute l'importance que pouvaient avoir les travaux de La Tour pour l'administration royale, car, de tous, ils étaient assurément considérés comme les plus fidèles à la réalité physique du souverain (Xavier Salmon, Pastels du musée du Louvre XVIIe -XVIIIe siècles, Louvre éditions, Hazan, Paris, 2018, cat. 88, p. 176-178). neiljeffares.wordpress.com/2018/07/12/the-louvre-pastels-catalogue-errata-and-observations, n° 88.

INDEX :
Personnes : Louis XV, roi de France
Sujets : portrait - Ordre du Saint-Esprit - Ordre de la Toison d'or
Techniques : pastel

REFERENCE DE L'INVENTAIRE MANUSCRIT :
vol. 11, p. 325