Les collections du département desarts graphiques Musée du Louvre
Mise à jour de la fiche 06/09/2021 Attention, le contenu de cette fiche ne reflète pas nécessairement le dernier état du savoir.
Gravé par

ANDREANI Andrea


Ecole italienne

Ponce Pilate se lavant les mains
Le Christ devant Pilate

1585

Gravure

TECHNIQUES :
clair-obscur à trois planches - clair-obscur

INVENTAIRES :
Collection Edmond de Rothschild
6818 LR/ Recto

Anciens numéros d'inventaire :
13112

LOCALISATION :
Réserve Edmond de Rothschild

ATTRIBUTION ACTUELLE :
Gravé par ANDREANI Andrea
Gravé d'après JEAN DE BOLOGNE

TECHNIQUES ET DIMENSIONS :
Clair-obscur à quatre planches (trois tons de brun et une planche de trait noir). Composé de deux feuilles. Dimensions feuille gauche : H: 43,9 et L: 32,5; feuille droite : H: 43,5 et L: 32,5. Une inscription est gravée sur un écu : 'Giabologna sculpi. / Andrea Andriano = Lintagliatore, / A Giovambatista, Deti, gen = / til' huomo Fiorentino'
Dimensions à la feuille : H. 00,439m ; L. 00,652m

HISTORIQUE :
Dernière provenance : Rothschild, baron Edmond de
Mode d'acquisition : don
Année d'acquisition : 1935

COMMENTAIRE :
Cette composition correspond à un bas-relief de Giambologna faisant partie d'une série de six sur la Passion du Christ, commandée par Luca Grimaldi en 1579 pour la chapelle familiale du Santissimo Crocifisso dans l'église San Francesco di Castelletto à Gênes. Ce bas-relief, le seul jamais gravé par Andreani, est conservé avec six statues de Vertus et six putti à l'Università degli Studi de Gênes. Les deux premiers bas-reliefs furent coulés en mai 1585, date qui figure sur le clair-obscur d'Andreani. En raison des grandes dimensions du bas-relief de Giambologna, la gravure sur bois a dû être exécutée en deux parties, chacune d'elles étant imprimée à partir de quatre matrices qui correspondent à trois tons de brun et au trait en noir. Pierre Jean Mariette décrit cette gravure de la collection du prince Eugène, à Vienne, comme « [d]'une excellente composition », avant de poursuivre par une note ajoutée dans la marge : « en gris bonne couleur, c'est un des meilleurs clairs obscurs qui ayant été gravés par André Andreani, mais il y a de la sècheresse comme dans tous ses autres ouvrages». Il existe des épreuves de nuances différentes et notamment une en bleu (Londres, British Museum, Prints & Drawings, 1860,0414.85), mais nous ne savons pas pour autant si elles correspondent à une préférence de l'artiste pour telle ou telle couleur. Plusieurs détails de sa gravure, comme les personnages sur le balcon, dans le fond, au milieu, ou bien l'écu que tient le soldat au premier plan à droite, se retrouvent uniquement sur le modello en cire conservé au Victoria & Albert Museum à Londres (Van Gastel, 2007, p. 23-24) et non pas dans le bas-relief en bronze. D'autres détails en revanche sont plus proches du bronze. Ces observations mettent en évidence l'idée que le dessinateur a eu accès à l'atelier de Giambologna à Florence et, du fait qu'aucun nom de dessinateur n'est inscrit dans la lettre de l'estampe, il est tout à fait légitime d'apparenter cet inconnu à Andreani lui-même. L'association de cette composition avec trois dessins de Jacopo Ligozzi d'après le bas-relief représentant la Flagellation (musée du Louvre, Inv. 5046, Inv. 5047 et Inv. 5048) et un autre de la même série a conduit à supposer qu'Andreani aurait utilisé ce type d'intermédiaire pour sa gravure sur bois. Le rapprochement entre le dessin et le clair-obscur est de fait lisible dans la manière qu'a eue l'artiste de reporter sur le papier les ombres projetées du bas-relief, d'être attentif aux contours ou bien encore d'utiliser des rehauts blancs. Ces caractéristiques suggèrent une bonne connaissance des clairs-obscurs, mais n'excluent pas la question de savoir si Ligozzi a pu exécuter un dessin de ce type pour Andreani. On ne connaît pas de feuille préparatoire de Ligozzi pour 'Pilate se lavant les mains' et il n'existe pas non plus de gravure en clair-obscur d'après 'La Flagellation'. Faut-il dès lors en inférer qu'Andreani projetait de graver tous les bas-reliefs de Giambologna ? L'absence d'archive à ce sujet ne nous facilite pas la tâche ! Seule certitude : les bas-reliefs de Giambologna ont connu un beau succès, comme on peut le voir avec la deuxième série exécutée plus tard pour Ferdinand I de' Medici, lequel autorisa l'artiste à les utiliser dans sa chapelle funéraire, la Cappella del Soccorso dans l'église SS. Annunziata à Florence. Rappelons par ailleurs qu'une troisième série est conservée au Bayerisches Nationalmuseum à Munich (Gnann, dans cat. exp. Vienne, 2013-2014, sous le n° 196). La question qui s'impose est celle de savoir pourquoi Ligozzi aurait exécuté un dessin d'après l'un des bas-reliefs, aujourd'hui découpé en trois, sans qu'il y ait eu de commande préalable. Andreani mentionne dans la lettre de ses gravures en clair-obscur qu'il a travaillé d'après des tableaux de Ligozzi, mais nous ignorons si le peintre a fourni les dessins. L'absence du nom de Ligozzi dans la légende de sa gravure de Pilate se lavant les mains conduit à douter de l'hypothèse selon laquelle il aurait pu jouer un rôle d'intermédiaire. Quand un artiste comme Andreani grave sur bois un bas-relief créé par un autre, plusieurs questions se posent, non seulement sur sa façon de travailler pour pouvoir traduire sur plusieurs planches une oeuvre en relief coulée en bronze, mais aussi sur l'identité de la personne à l'origine d'une telle entreprise. Plusieurs noms ont été proposés en réponse à ce dernier point : Giambologna, Andreani et/ou Giovambattista Deti (1539-1607), poète, à qui Andreani a dédié son clair-obscur. Quand on connaît la pratique de dédicace des estampes au XVIe siècle, on comprend que le graveur est l'instigateur le plus probable. En effet, les dédicataires ne sont en général pas les commanditaires des clairs-obscurs, mais plutôt des personnes choisies par le graveur, susceptibles d'accueillir favorablement le fruit de son travail. (Peter Fuhring, cat. expo. 'Gravure en clair-obscur Cranach, Raphaël, Rubens', Musée du Louvre, Paris, 17 octobre 2018 - 14 janvier 2019, p. 154 à 157, n° 54). Bibliographie : Baglione, 1642, p. 395 ; Mariette, n. d., vol. 2, fol. 88 ; Gori Gandelli, 1771, t. 2, p. 245 (1808, p. 200) ; von Heinecken, 1778, p. 243 ; Strutt, 1785, p. 24 ; Gori Gandelli, 1809, t. 5, p. 168 ; Bartsch, 1811, t. 12, no 19 ; Nagler, vol. 1, 1835, p. 115 ; Zanetti, 1837, n° 45, p. 48 ; Le Blanc, 1854, n° 13 ; Nagler, vol. 1, 1858, p. 35 ; Kolloff, 1872, n° 11 ; cat. exp. Paris et Rotterdam, 1965- 1966, n° 47 ; Karpinski, TIB, 1971, t. 1 ; Karpinski, TIB, 1983, t. 48, no 41.19 ; Matile, 2003, no 74 ; van Gastel, 2007, p. 23 et fig. 11 ; Luijten, dans cat. exp. Paris, 2010, no 9 ; Gnann, dans cat. exp. Vienne, 2013-2014, no 196 (avec bibliographie). Il existe un dessin préparatoire à cette composition conservé dans une collection privée. (L. Berti, Il principe delle studiolo, Florence, 1967, p. 247, note 54).

INDEX :
Lieux : Londres, British Museum, oeuvre en rapport, Londres, Victoria and Albert Museum, oeuvre en rapport, Gênes, San Francesco di Castelletto, oeuvre en rapport, Gênes, Università degli Studi, oeuvre en rapport, Munich, Bayerisches Nationalmuseum , oeuvre en rapport
Personnes : Ponce Pilate - Jésus-Christ - Mariette, Pierre-Jean+ - Ligozzi, Jacopo+ - Deti, Giovambattista + - Grimaldi, Luca+
Sujets : ICONOGRAPHIE RELIGIEUSE - Pilate se lavant les mains