Inventaire du département desArts graphiques Musée du Louvre
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Attribué à

MANTEGNA Andrea


Ecole vénitienne

Deux putti masqués effrayant deux enfants

Vers 1495

INVENTAIRES ET CATALOGUES :
Cabinet des dessins
Fonds des dessins et miniatures
INV 5072, Recto

Anciens numéros d'inventaire :
NIII2854
MA2722

LOCALISATION :
Petit format

ATTRIBUTION ACTUELLE :
Attribué à MANTEGNA Andrea
P. Kristeller

ANCIENNES ATTRIBUTIONS :
MOCETTO Girolamo
F. Heinemann
école de MANTEGNA Andrea

PROPOSITIONS D'ATTRIBUTIONS :
Copie d'après MANTEGNA Andrea
F. Heinemann, 1962
Attribué à MANTEGNA Andrea
O. Kurz, 1959

TECHNIQUES :
Plume et encre brune, lavis carmin, traces de vert sur papier beige. Collé en plein.
H. 00,208m ; L. 00,178m

HISTORIQUE :
E. Jabach (L. 2959) ; montage à bande dorée des dessins d'ordonnance ; Inventaire Jabach, I, n° 3 (Taddeo Gaddi) - Entré dans le Cabinet du Roi en 1671 ; paraphe de J. Prioult (L. 2953).
Dernière provenance : Jabach, Everhard
Mode d'acquisition : acquis pour le Cabinet du roi
Année d'acquisition : 1671

INVENTAIRE JABACH :
Dessin dit d'ordonnance collé et doré de la collection d'Everhard Jabach, acquis pour le roi en 1671 A. Critères de l'identification Le dessin a conservé tous les signes attestant sa provenance et son acquisition en 1671 : - montage Jabach ivoire à large bande d'or fin ; - numéro d'inventaire Jabach à la sanguine, au verso du montage ; - paraphe Jabach à l'encre brune [L. 2959], au verso du montage ; - marques, au verso du montage, du récolement du fonds Jabach effectué en 1690 par Jean Prioult, commissaire-enquêteur au Châtelet de Paris, à la suite du décès de Charles Le Brun, premier peintre du roi, directeur et garde général du Cabinet des tableaux et dessins : - transcription en toutes lettres du numéro d'inventaire Jabach ; - paraphe Prioult [L. 2953]. L'iconographie, la technique et les dimensions du montage sont en accord avec la description donnée par la notice de l'inventaire Jabach correspondant au numéro d'inventaire à la sanguine. B. Notice de l'Inventaire Jabach, février 1671. Minute. Paris, Archives nationales, O1 1967. Invantaire de 517 desseins d'ordonnances escole florentinne : 3 Deux petits enfans qui ont des masque qui font peur a deux autres a la plume lavé de lac et de bistre sur de papier gris de 9 pouce de long sur 10 pouce de haut de Taddio Gaddi
INVENTAIRE DU MUSEE NAPOLEON :
Inventaire du Mus¿e Napol¿on. Dessins. Vol.2, p.361, chap. : Ecole romaine A, carton 21 2e partie. (...) Num¿ro : 2722.Idem [[ Maîtres inconnus /&. Num¿ro d'ordre dans l'oeuvre du ma¿tre : 47. D¿signation des sujets : Deux génies couverts de masques, font peur à des enfans. Dessin à la plume et lavé au carmin. Dimensions : H. 21 x L. 18cm. Origine : Collection ancienne.Prix de l'estimation de l'objet : 3francs. Emplacement actuel : Idem & Calcographie du Musée Napoléon /&. Observations : Idem & [Remis le 27 décembre 1828 pour être relié] [[à l'encre]] ]]. Signe de recollement : [Vu] [[au crayon]] [[trait oblique / au crayon / sur le n° d'ordre]]. Cote : 1DD34

COMMENTAIRE :
Le dessin est inachevé : seules les figures des deux enfants apeurés et de celui qui s'amuse à les effrayer avec le masque sont achevées par la plume et le lavis délicat qui devient ensuite plus fort et plus pâteux comme pour suggérer une impression de relief. La scène correspond pour l'essentiel à un détail d'une peinture d'un vase en bois, décrite dans un poème pastoral de l'humaniste Jacopo Sannazzaro (v. 1456-1530), comme une œuvre de Mantegna. L'on y voyait, parmi d'autres choses et non loin d'une nymphe avec des pieds de chèvre assise, nue, sur une outre et allaitant un petit satyre, « deux enfants (fanciulli) également nus, le visage couverts de deux horribles masques et passant leurs petites mains à travers la bouche de ces derniers pour effrayer deux autres enfants qui étaient devant eux, l'un d'eux, en fuyant, se retournait et criait de peur, l'autre, déjà tombé par terre, pleurait et, incapable de rien faire d'autre pour s'aider, tendait la main pour griffer » [L'Arcadia de Sannazzaro, 1504, éd. 1826, prosa undecima, p. 167 ; Kristeller, 1901, p. 461 ; Kurz (1959), 1977, p. 283 ; Holberton, 1989, p. 296-300]. Le texte de Sannazzaro, dont la conception remonte aux années 1480, a été publié à Venise dès 1501, puis, avec plus de soin, à Naples en 1504 : « (...) un bel vaso di legno di acero, ore per mano del Padoano Mantegna, artefice sovra tutti gli altri accorto ed ingegnosissimo, eran dipinte molte cose : ma tra l'altre una Ninfa ignuda, con tutti i membri bellissimi, da i piedi in fuori, che erano come quelli delle capre ; la quale sovra un gionfiato otre esendo, lattava un piciolo Satirello ; e con tanta tenerezza il mirava, che parea che di amore e di carita tutti si strugesse : e'l fanciullo nell'una mamella poppava, nell'altra tenea distesa la tenera mano, e con l'occhio la si guardava, quasi temendo che tolta no gli fosse. Poco discosto da costoro si vedean due fanciulli pur nudi, i quali avendosi posti due volti orribili di maschere cacciavano per le bocche di quelli le picciole mani, per porre spavento a duo altri, che davanti loro stavano ; de' quali luno fuggendo si volgea in dietro, e per paura gridava ; l'altro caduto gia in terra piangeva, e non possendosi altrimenti aitare, stendeva la mano per graffiassiarlo (...). Tous les spécialistes s'accordent sur le fait que le dessin donne une image de la composition du peintre qui a inspiré le poète, mais ils discutent sur le fait de savoir s'il s'agit d'une étude autographe (Kurz [1959], 1977, p. 279 ; Agosti dans Vienne, 1997, no II 9 ; Agosti, 2005, p. 156), d'un travail d'atelier (Kristeller, 1901, p. 461 ; Ekserdjian dans Londres, 1992, n° 149) ou d'une copie (par Girolamo Mocetto, voir Heinemann, 1962, I, n° V.290 p. 260). Selon Giovanni Agosti, il s'agit peut-être d'un des projets d'orfèvrerie fournis par Mantegna à l'orfèvre Gian Marco Cavalli à la fin de 1482 ou au début de 1483 afin qu'il réalise des vases de style antique pour Federico Gonzaga (Agosti, 1994, p. 131). La représentation d'un enfant ailé portant et animant un grand masque satyrique auquel il fait monstrueusement tirer la langue en passant sa main par la bouche est en effet empruntée à l'art hellénistique, et l'on en conserve des exemples dans la sculpture romaine et dans les gemmes (Pour une liste, voir Waldemar Deonna, « Notes archéologiques : Eros jouant avec un masque de Silène », Revue archéologique, Ve série, vol. III, 1916, p. 74-97 en particulier p. 74-75 ; Moshe Barasch, « A Silenus surviving in Nicola Pisano », The Art Bulletin, vol. 58, 1976, p. 13-18, en particulier p. 17-18 ; Lydie Hadermann-Misguisch, « L'image antique, byzantine et moderne du putto au masque », dans Lydie Hadermann-Misguisch et Georges Raepsael (dir.), Rayonnement grec : hommages à Charles Delvoye, Bruxelles, Université de Bruxelles, 1982, p. 513-523, en particulier p. 514 ; Gunter Schweikhart, Der Codex Wolfegg. Zeichnungen nach der Antike von Amico Aspertini, Londres, Warburg Institute, 1986, p. 117-118, 223-236 ; Leuschner, 1997, p. 31 et suiv. ; Dempsey, 2001, p. 99, 246 note 44). Les deux figures principales - enfant au masque de satyre et enfant tombé au sol - trouvent d'ailleurs un véritable antécédent dans un détail d'un cortège de Dionysos représenté en bas-relief sur un sarcophage romain datant des années 195-200, où, cependant, l'enfant plaçant sur son visage un masque de la comédie n'y apparaît pas (Los Angeles, County Museum of Art, 50.37.11 ; Leuschner, 1997, p. 40-43, no 38 ; repr. dans Friedrich Matz, Die Dionysischen Sarkophage ; 1, Die Typen der Figuren, die Denkmäler 1 - 71B, (Deutsches Archäologisches Institut. Die Antiken Sarkophag-reliefs ; 4), Berlin, Gebr. Mann Verlag, 1968, no 51). L'enfant au masque trouve place, à l'époque de Mantegna, dans nombre de petites scènes (voir Schweikhart, 1986, cit. supra, p. 117-118), aussi bien dans des manuscrits enluminés par Gaspare da Padova (Vitæ duodecim Cæsarum, Paris, Bibliothèque nationale de France, Ms. lat. 5814 fo 1 ; Prologue de Jérôme aux Chronici canones d'Eusebius, Londres, British Library, Royal 14 C 3 fo 2) que dans des plaquettes de bronze (Florence, Museo Nazionale del Bargello ; Di Maio, dans Paris, 2008, no 149 ; Giuseppe Toderi et Florenza Vannel Toderi, Placchette, Secoli XV-XVIII nel Museo Nazionale del Bargello, Florence Studio per Edizioni Scelte, 1996, p. 133 n° 241, p. 154 no 287-288). Mantegna lui-même l'a intégré une autre fois dans une de ses compositions qui n'est plus connue que par une copie dessinée (Rotterdam, musée Boymans-Van Beuningen, Inv. I.499 ; Londres, 1992, p. 457, fig. 113). Ces facetia d'eros, qui ont fixé le modèle de bien des représentations de spiritelli d'amore (Dempsey, 200I, p. 102), ont connu une belle fortune dans la gravure (Maître B au Dé [Bartsch, XV, p. 209, n° 36] ; Agostino Veneziano [Bartsch, XIV, p. 572, n° 398]), les arts décoratifs et les dessins italiens du XVIe siècle (Michelangelo Anselmi, Londres, British Museum, 1946,713.464 ; Cercle d'Amico Aspertini et Artiste anonyme italien, Paris, Louvre, Inv. 4335 et 10770 ; pour d'autres œuvres de cette période sur ce thème, voir Hadermann-Misguisch, op. cit. supra, 1982, p. 518-520). BIBLIOGRAPHIE : Paul Kristeller, Andrea Mantegna, Londres, New York, Longmans, Green and Co., 1901, p. 461 ; Otto Kurz, « Sannazzaro and Mantegna » [1959], dans The Decorative Art of Europe and the Islamic East. Selected Studies, Londres, Dorian Press, 1977, p. 279 ; Fritz Heinemann, Giovanni Bellini e i Belliniani, Venise, N. Pozza, 1962, 2 vol., vol. I, n° V.290, p. 260 ; Serena Romano, Ritratto di fanciullo di Girolamo Mocetto, Modène, Panini, 1985. fig. 88 ; Ulrike Bauer-Eberhardt, « Lauro Padovano und Leonardo Bellini als Maler, Miniatoren und Zeichner », Pantheon, XLVII, 1989, p. 49-83, en particulier, p. 49-83; Paul Robert Joseph Holberton, Poetry and Painting in the Time of Giorgione, Ph.D. diss. Warburg Institute, University of London, 1989, p. 299 ; David Ekserdjian, dans cat. exp. Andrea Mantegna, cat. sous la dir. de Jane Martineau, Londres, Royal Academy of Arts, 17 janvier-5 avril 1992, New York, The Metropolitan Museum of Arts, 9 mai-12 juillet 1992, Milan, Electa, 1992, no 149 ; Carol Kidwell, Sannazaro and Arcadia, Londres, Duckworth, 1993, p. 61, 216 fig. 21 ; Paul Robert Joseph Holberton, "Giorgione's Tempest or "little landscape with the storm with gipsy", more on the gypsy, and a reassessment", Art History, vol. 18, n° 3, 1995, p. 383-404, en particulier p. 296-300 ; Eckhard Leuschner, Persona, Larva, Maske : Ikonologische Studien zum 16. bis frühen 18. Jahrhundert (Europäische Hochschulschriften, XXVIII, vol. 292), Francfort-sur-le-Main, New York, P. Lang, 1997, p. 40-43, 357, cat. 7, pl. 5 ; Charles Dempsey, Inventing the Renaissance Putto (Bettie Allison Rand Lectures in Art History), Chapel Hill, University of North Carolina, 2001, p. 96-99 ; Giovanni Agosti dans cat. exp. Vittoria Colonna, Dichterin ind Muse Michelangelos, Vienne, Kunsthistorisches Museum, 1997, n° II. 9 (Andrea Mantegna ?) ; Giovanni Agosti, Su Mantegna, I, La storia dell'arte libera la testa, Milan, Feltrinelli, 2005, p. 156, 177 note 7 ; Ippolita Di Maio dans cat. exp. Mantegna, 1431-1506, cat. sous la dir. de Giovanni Agosti et Dominique Thiébaut, Paris, Musée du Louvre, 26 septembre 2008-5 janvier 2009, Paris, Musée du Louvre, 2008, , n° 141 ; Eckhard Leuschner, « Allegorische Diskurse : Bildsprachen der Maske in der europäischen Kunst der Frühen Neuzeit », dans cat. exp. Wir sind Maske, sous la dir. de Sylvia Ferino, Vienne, Kunsthistorisches Museum, Museum für Völkerkunde et Österreichischem Theatermuseum, 24 juin - 28 septembre 2009, Milan, Silvana ed., 2009, p. 305-315, en particulier p. 306 ; Marzia Faietti, « 'Gorgóneion' mantovano », Artibus et Historiae, n° 61, 2010, p. 27-41, en particulier, p. 35-37, note 27, p. 41. Dominique Cordellier in cat. exp. 'Masques, mascarades, mascarons', Paris, Musée du Louvre, 2014, n° 22 ;

INDEX :
Collections : Jabach, Everhard - Cabinet du Roi
Lieux : Venise+, Naples+, Los Angeles, County Museum, oeuvre en rapport
Personnes : Sannazaro, Jacopo (v. 1456-1530)+
Sujets : génies - Jacopo Sannazaro, L'Arcadia
Techniques : encre brune - papier beige - lavis vert - lavis carmin - plume

REFERENCE DE L'INVENTAIRE MANUSCRIT :
vol. 3, p. 72