Les collections du département desarts graphiques Musée du Louvre
Mise à jour de la fiche 27/08/2018 Attention, le contenu de cette fiche ne reflète pas nécessairement le dernier état du savoir.

DELATOUR Maurice Quentin


Ecole française

Portrait de la marquise de Sesmaisons, née Marie-Louise Gabrielle de La Fontaine Solare de La Boissière (1722-?)

1738

INVENTAIRES ET CATALOGUES :
Cabinet des dessins
Fonds des dessins et miniatures
RF 55306, Recto

LOCALISATION :
Sully II
Epi 17

ATTRIBUTION ACTUELLE :
DELATOUR Maurice Quentin

TECHNIQUES :
Pastel sur papier bleu collé en plein sur carton. Au dos du cadre, inscription : WP 45 (Weill-Picard, n° ERR, Jeu de Paume). Au dos du carton, plusieurs chiffres incisés : 11 X 38 / 6 X 40. Sur les planches de protection apposées au dos du carton, plusieurs inscriptions manuscrites sur la face externe, à la plume et encre noire et brune : Marie-Gabrielle-Louise / de La Fontaine... / Comtesse de Septmaisons /par L. ... ; Marie Gabrielle Louise de La Fontaine / Solare de la Boissière. Numéro à l'encre noire : W.-P. 45. Étiquette de l'exposition « Quentin La Tour et les pastellistes français des XVIIe et XVIIIe siècles » à l'hôtel Jean Charpentier, Paris, 1927. Sur la face interne des planches, annotation au crayon : J'ai été Encadré de nouveau par Lemoine menuisier à la / Bonneville le 10 décembre 1845 (le château de Glisolles se trouve dans la commune voisine de La Bonneville-sur-Iton) Étiquette de la maison Depoilly-Denizet, encadrement artistique, 15 rue de Miromesnil, Paris avec la date 17-12-55. La restauration de cette œuvre a été rendue possible grâce au soutien de Joan et Mike Kahn en 2017.
H. 00,630m ; L. 00,510m

HISTORIQUE :
Certainement commandé en 1737-1738 par Gabriel Bernard de Rieux (Anne-Gabriel-Henri Bernard de Boulainvilliers ?) (1687-1745), président de la deuxième chambre des enquêtes au Parlement de Paris, époux de la tante du modèle. Exposé au Salon de 1738 (no 69. Un portrait en Pastel de Mademoiselle de la Boissière, ayant les mains dans un Manchon, appuyée sur une Fenêtre). Gabriel Bernard de Rieux, puis Anne Gabriel Henri Bernard de Boulainvilliers et sa descendance, dont Aimé Marie Gaspard de Clermont-Tonnerre (mort en 1865), duc de Clermont- Tonnerre (au début du xxe siècle, le pastel est conservé au château de Glisolles, dans l'Eure, à proximité de la commune de La Bonneville-sur-Iton). Achat entre mars et octobre 1918 par Arthur Veil-Picard, Paris, 63 rue de Courcelles (150 000 francs). Saisi par l'occupant allemand avant janvier 1941, Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR), n° WP 45, Jeu de Paume ; lieu de transfert : Lager Peter ; Central Collecting Point, Munich, no 549/3. Restitué le 16 avril 1946 (ou le 20 décembre 1946). Héritiers d'Arthur Veil-Picard, famille Chaubah. Acquis par le musée du Louvre par l'intermédiaire de Christie's Paris. Commission du 3 décembre 2014. Restauré en 2015 (suppression des mycéliums sur l'œuvre, dépoussiérage du carton de support, ré encadrement).
Mode d'acquisition : achat
Année d'acquisition : 2014


COMMENTAIRE :
Description raisonnée des tableaux exposés au Louvre. Lettre à Mme la marquise de S.P.R., par le chevalier Jean-Florent-Joseph de Neufville de Brunaubois Montador, Salon, 1738, (Bibliothèque nationale de France, Réserve 8-YA3-27 (1,8), Collection Deloynes. Tome 1, pièces 1 à 19) : ... quoi qu'à dire vrai, on ne puisse sortir sans les avoir été contempler souvent, de même que celui de Mlle La Boissière, à laquelle il a sçu conserver toutes les graces qu'on lui connoît, et qui sans la rendre belle, lui donnent le triomphe sur la Beauté. Son attitude est aisée, naturelle et artistement négligée. Elle est appuyée sur une fenêtre, les mains passées dans un de ces petits manchons, que vous avez pris en déplaisance, mais avec lesquels vous vous réconcilieriez en faveur de celui-ci. Rien n'est plus léger et plus gracieux que sa touche. On voit, on sent, on croit aller toucher tout ce qu'il peint. C'est du velours, c'est une pelisse, c'est de la gaze ; il n'est pas possible que ce ne soit qu'une imposture de couleurs. Marie-Louise-Gabrielle de La Fontaine Solare de La Boissière, née le 15 juin 1722 est la fille de François de La Fontaine Solare, comte de La Boissière et de Marie-Anne-Henriette de Boulainvilliers, Lorsqu'en 1737 son oncle Gabriel-Bernard de Rieux, président du Parlement de Paris commande à Delatour son portrait, elle a quinze-seize ans. Le président a épousé en seconde noce Suzanne-Marie-Henriette de Boulainviliers, la tante de Marie-Louise Gabrielle. La jeune fille qui a été élevée dans leur foyer, épousera en 1743 un brigadier des armées du roi, Claude-François marquis de Sesmaisons. En 1740-1741, le président Rieux demandera à Delatour, son portrait puis celui de son épouse. De dimensions monumentales, ce pastel (2,10m x 1,51m) est exposé au Salon de 1741 (n° 118) et celui de son épouse en habit de bal, tenant un masque (1,15m x 0,88m) au Salon de 1742 (n° 127), ils sont conservées au musée Getty à Los Angeles et au musée Cognacq-Jay à Paris. Les trois pastels sont demeurés en possession du président de Rieux puis de sa descendance et jusqu'en 1919, ils étaient conservés au château de Glisolles dans l'Eure, dans la collection du duc de Clermont-Tonnerre. Harduin de Grosville (Pastels de Latour vus en Normandie, Bulletin de la Société Académique de Laon, Tome XXIX, Années 1892 à 1894, p. 422 à 432) écrit avoir vu le portrait du président de Rieux, celui de sa nièce, Mademoiselle de la Boissière mais aussi : 'un assez curieux document : c'est une copie à la plume du pastel de Latour, faite en 1750 par un artiste du nom de Basile Massé, au bas de laquelle est calligraphiée cette mention : Marie-Gabrielle-Louise de la Fontaine-Solare de la Boissière, née le 15e juin 1722'. Exposé au Salon de 1738 (n° 69) Bibliothèque nationale de France, RESERVE 8-YA3-27 (1,6). Gravé par Gilles-Edmé Petit (1696-1760). Salon de 1738, n° 69. Description raisonnée des tableaux exposés au Louvre, Lettre à madame la marquise de S.P.R., Paris, 1738, p. 7 (p. 143). M. Harduin de Grosville, Pastels de Latour vus en Normandie, p. 422-432, Bulletin de la Société Académique de Laon, Tome XXIX, Années 1892-1893-1894, Laon, 1895. Henry Lapauze, Les pastels de M.-Q. de La Tour à Saint-Quentin, Paris, Bulloz,1898, p. 102 Georges Wildenstein, Un pastel de La Tour, le président Rieux, Etudes et Documents pour servir à l'Histoire de l'Art français, Paris, 1919, p.12. Bulletin de la commission des antiquités de la Seine-Inférieure, Tome XVII, 1915 à 1919, Rouen, 1921, p. 113. Emile Dacier, Paul Ratouis de Limay, Exposition de pastels français du XVIIe et du XVIIIe siècle, Paris, 1927, p. 19, n° 31. Albert Besnard, Georges Wildenstein, La Tour, la vie et l'œuvre de l'artiste. L'Art Français, collection dirigée par Georges Wildenstein. Les Beaux-Arts, Edition d'études et de documents, Paris, 1928, p. 146, n° 196, reproduit p. 178. René Gimpel, Journal d'un collectionneur marchand de tableaux, Calmann-Lévy, 1963, p. 23-24, p. 78-79. Neil Jeffares donne ce pastel à Maurice-Quentin de La Tour, portrait de La marquise de Sesmaisons, née Marie-Louise-Gabrielle de La Fontaine Solaire de La Boissière (1722- ), vêtue d'une plonaise en velours bleu saphir (Dictionary of pastellists before 1800, Londres, 2006, p. 306). Xavier Salmon, notice n° 118, p. 93, repr., dans La Revue de France, Revue du Louvre, 2016 - n° 2, Numéro Acquisitions 2014-2015 Le portrait a été gravé par Gilles Edmé Petit (vers 1694 - 1760) et copié à la plume en 1750 par Basile Massé (dessin signalé par Harduin de Grosville en 1890 au château de Glisolles). Copie d'après La Tour signalée en 1928 par Georges Wildenstein dans la vente Mazaroz-Ribalier, 1er-3 décembre 1890, lot 50 (Wildenstein, 1928,p. 146, no 197). Copie signalée par Neil Jeffares, vente Bruxelles, Fievez, 16 juin 1937,lot 98, repr. (école française, portrait d'inconnu, 0,80 × 0,64 m). Copie ancienne à l'huile sur toile (0,76 × 0,64 m) signalée à la galerie Ratton-Ladrière à Paris en mars 2015, vendue à Paris par Tajan le 15 juin 2016, lot 69, repr. Le Musée lorrain à Nancy conserve un pastel (inv. 85.2.1. 0,50 × 0, 35 m) attribué à Stanislas Leszczynski (1677-1766) dont le modèle présumé serait Charlotte Nicole de Beauvau-Craon, marquise de Bassompierre (1717-1787). L'auteur de cette oeuvre a probablement utilisé l'estampe de Petit figurant en contrepartie Mlle de La Fontaine Solare, dont il a modifié le visage. Le 25 mai 1737, Maurice Quentin de La Tour est agréé par l'Académie royale de peinture et de sculpture, sur présentation de portraits au pastel. Il ne s'est alors illustré que par l'effigie de Charles de Roddes de La Morlière vêtu à la turque, dont Lépicié avait donné une gravure en 1734. Le 1er juin 1737, l'Académie lui demande pour sa réception les portraits de François Lemoyne et de Restout. Le 28 juin, après le décès de Lemoyne, c'est finalement le portrait de Jean-Baptiste Van Loo que La Tour doit peindre. En août, il expose pour la première fois au Salon du Louvre deux portraits en pastel, l'un représentant Mme Boucher, l'autre son autoportrait riant. L'année suivante, il est à nouveau présent au Salon, mais cette fois avec cinq pastels, le portrait de M. Restout,professeur de l'Académie, dessinant sur un porte-feuille (no 15),celui de Mme Restout, en coiffure (no 70 bis), celui de Mme Rouillé de l'Estang, vêtue d'un mantelet polonais et réfléchissant un livre à la main (no 56), le portrait de Mlle de La Boissière, les mains dans un manchon, appuyée sur une fenêtre (no 69), et celui de M. Mansart, architecte du Roi (no 70). Les œuvres suscitent immédiatement l'admiration du public,qui consacre le talent de La Tour. Dans sa lettre à Mme la marquise de S. P. R., le chevalier de Noeufville de Brunaubois-Montador écrivait ainsi le 1er septembre 1738 (Description raisonnée des tableaux exposés au Louvre, 1738, p. 7-8) : « Quelque admiration qu'on ait donné à tout ce dont je viens de vous entretenir, Madame ; il faut en redoubler à la vüe des Pastels de M. La Tour. Il en a produit cinq. C'est la nature même pour la vérité de la ressemblance : si bien que, d'un bout à l'autre du Salon, et au milieu d'une foule toujours interrompüe par le flux et reflux de spectateurs nouveaux, il n'a fallu qu'un coup d'œil pour reconnaître M. et Mme Restout, long-tems même après avoir perdu leurs portraits de vûe : quoi qu'à dire vrai, on ne puisse sortir sans les avoir été contempler souvent, de même que celui de Mlle La Boissière,à laquelle il a sçu conserver toutes les grâces qu'on lui connaît,et qui, sans la rendre belle, lui donnent le triomphe sur la Beauté. « Son attitude est aisée, naturelle et artistement négligée. Elle est appuyée sur une fenêtre, les mains passées dans un de ces petits manchons, que vous avez pris en déplaisance, mais avec lesquels vous vous réconcilierez en faveur de celui-ci. « Rien n'est plus léger et plus gracieux que sa Touche. On voit, on sent, on croit aller toucher tout ce qu'il peint. C'est du velours, c'est une pelisse, c'est de la gaze ; il n'est pas possible que ce ne soit qu'une imposture de couleurs. » Le triomphe du maître était alors complet. Fille de François de La Fontaine Solare, comte de La Boissière,et de Marie-Anne Henriette de Boulainvilliers, Marie-Louise Gabrielle de La Fontaine Solare de La Boissière était née le 15 juin 1722. Elle était donc âgée de quinze à seize ans lorsqu'elle fut portraiturée par La Tour. Malgré son jeune âge, elle faisait déjà femme.L'œuvre avait probablement été commandée en 1737-1738 par son oncle, Gabriel Bernard de Rieux, fils du banquier Samuel Bernard et président de la deuxième chambre des enquêtes au Parlement de Paris de 1727 à 1744, marié en secondes noces à Suzanne Marie Henriette de Boulainvilliers, la tante de Marie-Louise Gabrielle. Le président et son épouse élevaient la jeune fille. En 1743, elle épousait un brigadier des armées du Roi, Claude François, marquis de Sesmaisons. D'un illusionnisme exceptionnel, d'une psychologie marquée, véritable transcription du sel de l'esprit, le portrait donna entière satisfaction, témoignant à la fois du talent de l'artiste pour fixer la ressemblance tout en emportant l'âme de son modèle et de sa parfaite maîtrise du pastel posé sur un papier préalablement passé à la pierre ponce afin de le rendre plus duveteux et de mieux fixer ainsi les pigments en les humidifiant. En 1740-1741, Gabriel Bernard de Rieux passait à son tour commande à La Tour de son portrait et de celui de son épouse. De dimensions monumentales, les plus grandes jamais traitées par le pastelliste, l'effigie du président (2 × 1,50 m, Los Angeles, The J. Paul Getty Museum. Inv. 94 PC 39. Besnard et Wildenstein, 1928,p. 163, no 427, repr. fig. 35, 37 et 40) fut exposée au Salon de 1741 (no 118), celle de son épouse, en habit de bal, tenant un masque (1,15 × 0,88 m, Paris, musée Cognacq-Jay. Besnard et Wildenstein, 1928, p. 163, no 428, repr. fig. 120) à celui de 1742 (no 127). Ces deux œuvres comptaient parmi les plus ambitieuses de La Tour. Elles demeurèrent toutes trois en possession du président de Rieux puis de sa descendance. Au début du XXe siècle, les trois pastels étaient encore conservés au château de Glisolles, dans l'Eure, dans la collection du duc de Clermont-Tonnerre. Bien que peu accessible, le portrait de Mlle de La Boissière suscitait toujours l'admiration. Edmond de Goncourt, qui n'en connaissait que l'estampe gravée par Petit, louait cette jeune femme artistement négligée, tête nue, en coiffure plate, la mine intelligente, malicieuse, les yeux noirs et éveillés,charmant type de la laide piquante, enveloppée de cette toilette polonaise de soie, de fourrures, de dentelles qu'aimaient les pastellistes (cité par Élisabeth de Clermont-Tonnerre, 1914, p. 174). En 1918, ainsi qu'en témoignait le marchand René Gimpel dans son journal, son tout nouveau propriétaire, Arthur Veil-Picard,ne boudait pas non plus son plaisir : « Elle a un masque à la Voltaire, elle lui ressemble, c'est beau comme un Houdon. Regardez le bleu velouté de sa robe, le manchon dans lequel ses mains se réfugient et cette fourrure de tigre ! » (Gimpel, 1963, p. 79) (Xavier Salmon, Pastels du musée du Louvre XVIIe -XVIIIe siècles, Louvre éditions, Hazan, Paris, 2018, cat. 79, p. 158-160). neiljeffares.wordpress.com/2018/07/12/the-louvre-pastels-catalogue-errata-and-observations, n° 79. Xavier Salmon, "La plus belle collection de pastels au monde" in Grande Galerie, été 2018, n°44, pp.34-35, 50-59.

INDEX :
Collections : Rieux, Gabriel-Bernard de - Clermont-Tonnerre, duc de - Veil-Picard, Arthur - Chaubah
Lieux : Paris, Musée Cognacq-Jay, oeuvre en rapport, Los Angeles, J. Paul Getty Museum, oeuvre en rapport, Paris, Bibliothèque nationale de France, Réserve des livres rares, oeuvre en rapport, Glisolles, château de (Eure)+
Personnes : Petit, Gilles Edmé, graveur+ - La Fontaine Solare de La Boissière, Marie-Louise Gabrielle de, marquise de Sesmaisons - La Fontaine Solare, François de, comte de La Boissière+ - Boulainvilliers, Marie-Anne-Henriette de+ - Boulainvilliers, Suzanne-Marie-Henriette de, présidente de Rieux (1696-1776)+ - Sesmaisons, Claude-François, marquis de+ - Clermont-Tonnerre, duc de+ - Rieux, Gabriel-Bernard, comte de, président du Parlement de Paris (1687-1745)+ - Neufville de Brunaubois Montador, Jean-Florent-Joseph, chevalier de+
Sujets : Salon de 1738 - Salon de 1741 - Salon de 1742
Techniques : pastel