Les collections du département desarts graphiques Musée du Louvre
Mise à jour de la fiche 27/09/2018 Attention, le contenu de cette fiche ne reflète pas nécessairement le dernier état du savoir.

LENOIR Simon Bernard


Ecole française

Portrait de l'acteur Henri-Louis Caïn, dit Lekain (1728/29-1778), dans le rôle d'Orosmane dans la tragédie de Voltaire, Zaïre.

1767

INVENTAIRES ET CATALOGUES :
Cabinet des dessins
Fonds des dessins et miniatures
RF 55290, Recto

LOCALISATION :
Sully II
Epi 1

ATTRIBUTION ACTUELLE :
LENOIR Simon Bernard

TECHNIQUES :
Pastel et rehauts de gouache sur deux feuilles de papier bleu agrandies de deux bandes verticales également de papier bleu, le tout marouflé sur toile tendue sur un châssis chanfreiné d'origine.Signé et daté à gauche à la craie rose et au fusain : Lenoir / px it / f. 1767. La restauration de cette œuvre a été rendue possible grâce au soutien des American Friends of the Louvre en 2014.
H. 01,163m ; L. 00,893m

HISTORIQUE :
Le pastel aurait appartenu à Lekain puis à son fils. Collection Hébert en 1908, puis aux descendants Hébert, auprès de qui le pastel est acquis par l'intermédiaire de la galerie de Bayser, Paris. Commission du 5 décembre 2013. Conseil artistique du 11 décembre 2013.
Mode d'acquisition : achat
Année d'acquisition : 2013


COMMENTAIRE :
Le pastel du Louvre a figuré à l'Exposition théâtrale, Union centrale des arts décoratifs, avril-octobre 1908, n° 556, Lekain, 1729-1778, tragédien français. Ce pastel a appartenu au fils de Lekain. Par Lenoir (1767). Coll. de M. Hébert. Orosmane est l'un des rôles titres de Zaïre, tragédie en 5 actes, écrite en alexandrin, en 1732 par Voltaire et représentée pour la première fois à la Comédie Française le 13 août 1732. L'action se déroule à Jérusalem à l'époque des Croisades, dans le harem du sultan Orosmane. Autres portraits de l'acteur par Simon Bernard Lenoir : le musée Carnavalet conserve une version en buste de l'acteur dans le rôle de Gengis Khan dans L'Orphelin de la Chine, datée 1769. La Comédie Française, conserve deux autres versions de cette effigie, l'une également de 1769 (huile sur toile, signé et daté en bas à gauche : Le Noir pxit 1769, H. 0,905 ; L. 0,764) exposée en 1774 au Salon de l'Académie de Saint-Luc, n° 24, l'autre de 1777 (huile sur toile, signé et daté en bas à gauche : LE NOIR pxit 1777, H. 0,875 ; L. 0,745). Elle conserve également une version de l'acteur dans le rôle d'Orosmane, huile sur toile, datée de 1777 (huile sur toile, H. 1,28 ; L. 0,95), donc postérieure au pastel du Louvre. Cette image qui connut un grand succès, fut gravée en buste, in-folio, par Augustin de Saint-Aubin et in-8° par Pierre-Charles Baquoy. A comparer avec RF 30962, RF 30963, 6457LR. Lenoir a exposé un exemplaire du portrait de Lekain dans le rôle d'Orosmane au Salon de l'Académie de Saint-Luc en 1764 (no 19). L'artiste a également présenté une version du portrait au Salon de la Correspondance en 1779. Un autre exemplaire peint à l'huile et daté de 1777 est conservé dans les collections de la Comédie-Française à Paris (1,28 × 0,95 m). Il a été offert en 1788 par le fils de l'acteur à la condition d'être exposé dans la salle des assemblées (inv. I 89). Le portrait a été gravé en buste et en contrepartie à la demande du fils de Lekain par Augustin de Saint-Aubin (1736-1807). L'estampe fut annoncée par le Mercure de France en décembre 1788 (Musée du Louvre,département des Arts graphiques, collection Edmond de Rothschild, inv. 21349 LR). Pierre Charles Baquoy (1759-1829) en a ensuite à son tour donné une petite version gravée, probablement d'après l'estampe de Saint-Aubin (Château de Versailles, inv. GRAV.3615). Le miniaturiste Jean-Baptiste Weyler (1747-1791) s'inspira également de l'œuvre de Lenoir pour peindre deux miniatures en émail. Figurant le modèle à mi-corps, l'une d'elle est signée et datée Weyler / 1782 (Musée du Louvre, département des Arts graphiques. Inv. RF 30962,0,115 × 0,100 m. Don David David-Weill en 1947). L'autre présente le modèle en buste et est simplement signée au dos « Weyler » (Musée du Louvre, département des Arts graphiques. Inv. RF 30963,0,065 × 0,050 m. Don David David-Weill en 1947). Agathe Sanjuan, conservateur-archiviste à la Comédie-Française, nous a aimablement indiqué qu'à la demande de Védel, directeur gérant de la Comédie-Française de 1837 à 1840, Jean-Pierre Dantan, dit Dantan le jeune (1800-1869), avait livré vers 1837 une sculpture monumentale en plâtre figurant Lekain dans le rôle d'Orosmane. Inspirée du portrait de Lenoir, l'oeuvre fut placée dans le vestibule du théâtre avec la statue de Talma par David d'Angers. Les comédiens refusant de la payer la somme de 3 000 francs, ainsi que Dantan le demandait, la sculpture fut placée au Louvre. Après négociation, Dantan accepta de baisser son prix à 1 000 francs. En 1846, la statue était à nouveau à la Comédie-Française,où elle faisait l'objet d'une restauration, avant de disparaître à une date inconnue. Elle a donné lieu à une lithographie exécutée par Caboche pour le Monde dramatique d'après un dessin de Challamel. Si l'on en juge par le nombre de portraits de Lekain que livra Simon Bernard Lenoir, on peut aisément en déduire que les deux hommes entretenaient une exceptionnelle amitié. Rien ne destinait le premier à devenir l'un des acteurs les plus célèbres de son temps, celui que Mlle Clairon considérerait finalement, sur scène,comme « le plus beau, le plus imposant, le plus intéressant des hommes » (cité par Dacier, 1905, p. 71-72). En 1748, Henri Louis Caïn avait abandonné la fabrication et le commerce familial d'instruments de chirurgie pour jouer en société et fonder une troupe théâtrale en l'hôtel Jabach, rue Saint-Méry à Paris, où il interprétait le 23 juin le rôle d'Orosmane dans la pièce de Voltaire Zaïre, écrite et jouée pour la première fois en 1732. En 1750, après une représentation du Mauvais Riche, comédie de François Thomas Marie de Baculard d'Arnaud, Voltaire se prenait d'amitié pour l'auteur et pour son interprète principal Lekain. Grâce au soutien du grand homme, le jeune acteur obtenait l'autorisation de faire ses débuts à la Comédie-Française. Le 14 septembre 1750, il interprétait le rôle de Titus dans le Brutus de Voltaire. Après quelques représentations,la troupe des comédiens le forçait à quitter la scène. Mais la cabale, peut-être orchestrée par Mlle Clairon, ne l'avait pas privé du soutien du public, qui, boudant le Théâtre-Français, exigeait son retour sur scène le 21 février 1751. Doublant Grandval dans ses premiers rôles tragiques à partir du 2 novembre 1751, Lekain obtenait en 1758 la part complète de sociétaire. Excellent interprète du théâtre de Voltaire, en particulier dans les rôles de Zamore (Alzire ou les Américains),Mahomet, Orosmane ou Gengis Khan (L'Orphelin de la Chine), il s'illustra également dans le répertoire de Racine, Corneille, Crébillon, Guimond de La Touche ou Belloy, frappant, selon son contemporain Grimm, par sa « sensibilité forte et profonde qui ne laissait apercevoir que le caractère de la passion dont son âme était remplie [...]. Sa voix pénétrait jusqu'au bout de l'âme et l'impression qu'elle y faisait, semblable à celle du burin y laissait des traces profondes et de longs souvenirs » (cité par Guibert, 1994, p. 91). Il fut également un important réformateur de l'art théâtral par un jeu plus persuasif et une déclamation plus sincère, servis par des costumes donnant plus de prestance et une mise en scène libérée à partir de 1759 des banquettes et des spectateurs situés sur la scène. On ne sait dans quelles circonstances l'acteur rencontra le portraitiste Simon Bernard Lenoir. Né tout comme lui en 1729, Lenoir appartenait à une famille d'orfèvres. Après avoir suivi l'enseignement dispensé à l'Académie royale entre 1749 et 1758, années au cours desquelles il fut plusieurs fois distingué par des prix, l'artiste connut en 1759 une certaine célébrité avec son portrait de Mlle Allard totalement dévêtue, célèbre danseuse entretenue par le duc de Mazarin. C'est peut-être à cette occasion qu'il fit la connaissance de Lekain, car, dès l'année suivante, avant d'être reçu à l'Académie de Saint-Luc le 13 septembre 1760, il exposait place Dauphine, au Salon de la Jeunesse, plusieurs portraits dont celui de l'acteur et de son épouse. Les œuvres n'étaient pas sans mérite puisque L'Avant- Coureur du 16 juin (p. 347) soulignait que l'effigie était « fort econnoissable», même si l'on avait souhaité plus de vigueur et de feu dans le traitement. La tête de Mme Lekain était également « finement dessinée». Au Salon de l'Académie de Saint-Luc de 1762, un second portrait figurait au pastel le « comédien ordinaire du roi ». Deux ans plus tard, une nouvelle œuvre représentait Lekain dans le rôle d'Orosmane. L'Avant-Coureur précisait alors : « La pluspart des portraits ont été trouvés frappans. [...] Celui de M. Lekain jouant le rôle d'Orosmane attire tous les yeux. M. Le Noir, qui en est l'auteur, mérite beaucoup d'éloges pour avoir sçu conserver la plus exacte ressemblance dans le mouvement violent où il l'a saisi. Le caractère de la tête est admirable, les étoffes bien jettées et traitées d'une belle manière. Ce portrait, peint au pastel, présente toute la vigueur de l'huile. Il porte 3 pieds 7 pouces de hauteur sur 2 pieds 9 pouces de large » (Guiffrey, 1910, p. 110-111). En 1774, toujours au Salon de l'Académie de Saint-Luc, l'acteur paraissait cette fois avec les attributs de Gengis Khan dans L'Orphelin de la Chine. On y trouvait beaucoup de ressemblance, mais peu d'expression (Anonyme, Lettre à M. le marquis de *** sur les peintures et sculptures exposées à l'hôtel de Jabac en 1774, par M. J..., de l'Académie de peinture et de sculpture de la ville de...,La Haye [Paris], 1774). L'artiste avait échoué à le représenter avec le caractère qu'exigeait le rôle dans lequel il l'avait représenté (Anonyme,Il n'y a pas de règle sans exception, ou Le Bavard sur l'exposition de l'Académie de Saint-Luc, 1774). En 1779, soit peu de temps après le décès de Lekain, le portraitiste rendait un ultime hommage à l'acteur en exposant à nouveau au Salon de la Correspondance l'effigie le figurant dans le rôle d'Orosmane. Tout au long des années passées, l'amitié ne s'était pas démentie, Lekain aidant peut-être Lenoir à obtenir les commandes des portraits de Voltaire (Salon de Saint-Luc en 1764), de Mme Vestris dans le rôle d'Électre de Crébillon (Salon de 1774, aujourd'hui conservé à la Comédie-Française) ou de La Rive dans le rôle de Zamore, héros de la pièce de Voltaire Alzire ou les Américains (conservé à la Comédie-Française, où l'œuvre est classée comme de l'école de David et non pas sous le nom de Lenoir). Mais celui qui avait le plus inspiré le maître demeurait assurément Lekain. Lenoir avait fixé ses traits à trois reprises, dans trois attitudes différentes, avec des accessoires de scène variés. Certaines de ces œuvres avaient même donné lieu à des répliques, le plus souvent à l'huile. De tous, le portrait dans le rôle d'Orosmane avait été indéniablement le plus ambitieux. Il mettait en scène l'acteur dans un moment clé du drame. Fou amoureux de la belle captive Zaïre, chrétienne élevée dans l'islam, Orosmane est pris de doute après avoir lu la lettre que le chevalier Nérestan a adressée à la jeune femme afin de l'inviter à le rejoindre. Croyant être trompé, le sultan s'apprête à lui donner la mort, et une fois l'acte terrible accompli, découvre qu'il s'est lourdement trompé, Zaïre étant la soeur de Nérestan et non son aimée. Seul le suicide parvient alors à le libérer de sa faute. Lenoir accorde une place toute particulière au costume de théâtre, dont la richesse et le chatoiement sont accentués au moyen de nombreux petits points de gouache jaune et blanche formant empâtements. Le visage offre cette expression de colère qui fit oublier aux contemporains le physique ingrat de l'acteur pour n'admirer que son jeu expressif et parfaitement maîtrisé et son goût du travestissement. Gravé à deux reprises, le portrait semble avoir fait l'objet de plusieurs versions autographes. La plus tardive fut peinte à l'huile en 1777 et est conservée depuis 1788 dans les collections de la Comédie-Française. La première version avait été peinte au pastel avant d'être exposée au Salon de l'Académie de Saint-Luc en 1764. S'agissait-il de celle acquise par le Louvre, dont en 1908 le propriétaire M. Hébert avait indiqué qu'elle avait appartenu au fils de Lekain, ou d'un autre pastel aujourd'hui disparu ? Les dimensions du pastel données en 1764 par L'Avant-Coureur sont légèrement inférieures à celles du portrait du Louvre. Ce dernier est aussi clairement daté de 1767. Pour autant, il ne faut pas écarter l'hypothèse que cette datation puisse avoir été ajoutée postérieurement par l'artiste, car elle n'est pas tracée à la craie rose, comme la signature « Lenoir / pxit », mais à la pierre noire ou au fusain. Rien n'interdirait dès lors de croire que le pastel du Louvre est bien celui qui avait été exposé au public en 1764 (Xavier Salmon, Pastels du musée du Louvre XVIIe -XVIIIe siècles, Louvre éditions, Hazan, Paris, 2018, cat. 98, p. 206-209). neiljeffares.wordpress.com/2018/07/12/the-louvre-pastels-catalogue-errata-and-observations, n° 98. Xavier Salmon, "La plus belle collection de pastels au monde" in Grande Galerie, été 2018, n°44, pp.34-35, 50-59.

INDEX :
Lieux : Paris, Comédie française, oeuvre en rapport, Paris, Musée Carnavalet, oeuvre en rapport, Jérusalem+, Paris, Comédie Française+
Personnes : Caïn, Henri Louis - Lekain, Henri Louis Caïn, dit - Orosmane - Voltaire+ - Gengis Khan+ - Saint-Aubin, Augustin de, gravure en rapport - Baquoy, Pierre-Charles, gravure en rapport
Sujets : portrait - Voltaire, Zaïre - Voltaire, L'Orphelin de la Chine - Salon de l'Académie de Saint-Luc - Salon de la Correspondance de 1779
Techniques : pastel - rehauts de gouache