Les collections du département desarts graphiques Musée du Louvre
Mise à jour de la fiche 27/09/2018 Attention, le contenu de cette fiche ne reflète pas nécessairement le dernier état du savoir.

DELATOUR Maurice Quentin


Ecole française

Autoportrait à l'index.
Autoportrait à l'oeil de boeuf Autoportrait en rieur

INVENTAIRES ET CATALOGUES :
Cabinet des dessins
Fonds des dessins et miniatures
RF 54298, Recto

LOCALISATION :
Sully II
Epi 9

ATTRIBUTION ACTUELLE :
DELATOUR Maurice Quentin

TECHNIQUES :
Pastel sur papier bleu marouflé sur une toile préparée en brun et tendue sur châssis. Sur le carton de protection du châssis, plusieurs pièces de papier collées en plein portant différentes annotations à la plume et encre brune. En haut à gauche : portrait de Mr Delatour (peintre du Roy) / peint par luy même Et donné a son ami / Mr Neilson Entrepreneur de la manufacture / Royale des Gobelins 1776 [transformé en 1770], et en dessous : Ce tableau de Latour m'a été / laissé à sa mort par mon oncle / Henri Lorin, frère de ma mère Louise / Lorin / 19 novembre 1914 / Hector de Charnacé ; en haut à droite : Le portrait de Latour / m'a été laissé par / mon Père Antonin Lorin / à sa mort le 29 février 1876 / H. Lorin, en dessous : Ce tableau appartient à Mlle Clemence Fernel / arriere petite fille de Mr Neilson, et lui a / été offert par ses parents à la mort de / Madame Curmer sa grand-mère /- février 1826, et à nouveau en dessous : Le tableau m'appartient / il provient de ma cousine / Mlle Clemence Fernel / Ant. Lorin / novbre 1869.
H. 00,600m ; L. 00,497m

HISTORIQUE :
Selon l'une des annotations portées sur le carton de protection du châssis,le pastel aurait été offert en 1776 par La Tour à son ami Jacques Neilson (Londres, 1714 - Paris, 1788), responsable de l'atelier de basse lisse et de l'atelier des teintures à la manufacture des Gobelins, puis serait resté dans sa descendance. À sa fille, Marie-Geneviève Dorothée Curmer (1745-1826). Offert en février 1826, après la mort de cette dernière, à sa petite-fille Clémence Fernel, qui conserva l'oeuvre jusqu'en novembre 1869, date à laquelle elle était en possession de son cousin Antonin Marie Lorin (1787-1871). À son fils, Henri Lorin (1817-1914), à partir de février 1871, qui le lègue à sa mort à son neveu Hector de Charnacé (1882-1954),puis dans sa descendance jusqu'en 2005, année au début de laquelle le pastel est soumis pour expertise à la maison de ventes Piasa et à Bruno de Bayser. Passé en vente la même année à Londres chez Christie's le 5 juillet 2005, lot 162, repr., et acquis à cette occasion par le musée du Louvre avec la participation de la Société des Amis du Louvre. Restauré en 2014 (décadrage, dépoussiérage de la toile de marouflage, réencadrement dans un cadre emboîtant).
Mode d'acquisition : achat avec une aide extérieure
Année d'acquisition : 2005


COMMENTAIRE :
Dit aussi Autoportrait à l'oeil de boeuf ou Autoportrait en rieur. Exposé au Salon de 1737. Pastel gravé par Georg Friedrich Schmidt en 1742 et par Petit en 1747. Neil Jeffares donne ce pastel à Maurice-Quentin de La Tour, portrait de l'Auteur qui rit (Dictionary of pastellists before 1800, Londres, 2006, p. 279). L'autoportrait est connu par un très grand nombre de versions, dont certaines sont clairement des copies. On consultera à ce sujet Besnard et Wildenstein, 1928, p. 147, nos 212 à 234 ; Salmon, 2004, p. 49, note 11 ; Jeffares, www.pastellists.com. De tous les autoportraits peints par Maurice Quentin de La Tour, celui le figurant riant en buste inscrit dans un œil-de-bœuf fut le plus célèbre. Après avoir été agréé par l'Académie royale de peinture et de sculpture le 25 mai 1737 sur présentation de plusieurs de ses ouvrages, le pastelliste avait présenté au Salon en août le portrait de Mme Boucher et son autoportrait en rieur. Bien que ce fût là la première participation de l'artiste à cette importante exposition publique, la critique n'en a laissé aucun commentaire écrit. Si l'artiste était encore certainement méconnu, il avait su frapper les esprits par cet autoportrait inhabituel que l'on avait rapidement associé au philosophe Démocrite, soit celui qui sa vie durant avait prêché la recherche du bonheur par la modération dans les désirs. Dès 1742,l'œuvre inspirait à Georg Friedrich Schmidt (1712-1775) une gravure où La Tour apparaissait accoudé à une fenêtre au-devant d'un chevalet disposé dans une salle ornée de pilastres (fig. 34. Château de Versailles. Inv. LP 70-97). Exposée au Salon de 1743, l'estampe avait certainement été gravée d'après le dessin à la sanguine signé et daté de 1742 qui fut vendu à Paris le 26 novembre 1998 (hôtel Drouot, Tajan, lot 167, repr.). En 1747, le graveur Petit avait à nouveau pris le pastel pour modèle. En septembre, le Mercure de France annonçait l'estampe (p. 123) en précisant qu'elle était accompagnée de ces quelques vers de Charles Étienne Pesselier : Tandis que spectateur de ce vaste univers Il a sur nos défauts des yeux de Démocrite,De ses fameux crayons les chefs-d'oeuvre divers Changent tous ses rivaux en autant d'Héraclite. Au même moment, La Tour triomphait au Salon avec douze de ses portraits, dont ceux de Jacques Ange Gabriel, Jean-Baptiste Lemoyne et Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville. Selon Schmidt, l'autoportrait « à l'index », ou « en Démocrite», ou bien encore « à la croisée » ou « à l'oeil-de-boeuf » suivant les différents titres qui lui furent donnés, avait été peint un jour où La Tour avait laissé porte close à son ami l'abbé Jean-Jacques Huber et s'était amusé de l'expression de son visage à l'occasion de cette méchante farce (Salmon, 2004, p. 48). Cette œuvre, où l'artiste s'était mis en scène, était demeurée l'un de ses autoportraits préférés puisqu'il l'avait répétée à plusieurs reprises. Si l'on écarte les versions non autographes car trop faibles d'exécution, celles en contrepartie, ou celles présentant des caractéristiques de montage de la feuille d'œuvre qui ne sont pas du XVIIIe siècle (voir Salmon, 2004d, p. 54-55), neuf exemplaires offrent une exécution brillante et un traitement plus ou moins illusionniste des matières (Genève, musée d'Art et d'Histoire,inv. 1917-27 ; Paris, musée du Louvre, inv. RF 54298 ; vente Kraemer, Paris, galerie Georges Petit, 5-6 mai 1913, lot 6, repr. ; vente marquise de Ganay, Paris, galerie Georges Petit, 8-10 mai 1922, lot 26, repr. ;vente comtesse Jean de Polignac, Paris, Drouot, 5 décembre 2008,lot 9, repr. ; vente Marius Paulme, Paris, galerie Georges Petit, 13 mai 1929, lot 119, repr. ; vente Esders, Paris, Drouot, 28 mai 1941, lot 12,repr., anciennement collection Tondu-Lebrun ; collection Alec Cobb à Hatchlands, National Trust, inv. CC 573 et NT 1166242 ; vente Paris, Christie's, 15 décembre 2004, lot 132). Néanmoins, certaines d'entre elles ne sont pas dépourvues de maladresses, qui conduisent à s'interroger sur leur caractère autographe. C'est pourquoi, au difficile exercice de la comparaison, est-il nécessaire de préférer l'examen des provenances en distinguant les versions du portrait connues dès le XVIIIe siècle. Plusieurs d'entre elles peuvent effectivement être documentées : celle du Salon de 1737, celle cédée à Paris à l'hôtel d'Aligre, lors de la vente des 26 et 27 novembre 1779 (lot 39, dont Gabriel de Saint-Aubin laissa un croquis), celle appartenant à Jean- Gabriel Montjoye, élève de La Tour, qui fut exposée au Salon de la Correspondance en 1787 ; celle qui était restée en possession de La Tour dans son fonds d'atelier et que son frère Jean-François chercha à vendre avant septembre 1806 ; celle ayant appartenu à Pierre Henri Tondu-Lebrun (1754-1793), qui fut ensuite en possession d'Armand Esders, et enfin celle que La Tour donna à Jacques Neilson en 1776. Si ce dernier pastel est aujourd'hui le seul dont on connaisse l'historique depuis la date à laquelle il fut offert par le pastelliste, on ne peut pour autant y reconnaître en toute assurance, comme on l'a écrit, la version exposée au Salon de 1737 (Fumaroli, 2005a, p. 53), ni même le « premier jet » de ce portrait (Méjanès, 2010, p. 32). La Tour semble avoir à plusieurs reprises tout au long de sa carrière reproduit l'autoportrait à l'index afin de pouvoir l'offrir. Il est frappant qu'au moins deux de ses élèves en aient possédé des versions. Montjoye exposa la sienne, décrite comme une esquisse au pastel, au Salon de la Correspondance en 1787, soit juste avant la disparition du maître. Marie-Suzanne Giroust, épouse d'Alexandre Roslin, était peut-être la propriétaire de l'exemplaire ovale qu'elle s'appliquait à reproduire dans un format rectangulaire sur son autoportrait (voir Salmon, 2004,p. 54-55, no 2, repr.). Entré dès 1728 à la manufacture des Gobelins puis nommé tapissier du Roi en 1734 avant d'être chargé en 1750 de l'atelier de basse lisse puis de l'atelier des teintures, Jacques Neilson avait lui aussi été l'un des élèves du maître. Dans la correspondance échangée le 10 août 1749 entre Garnier d'Isle et Lenormant de Tournehem, on apprenait en effet que La Tour lui avait appris le pastel et qu'il y réussissait fort bien (cité par Curmer, 1878, p. 15). Si la copie du portrait de Claude Dupouch d'après l'oeuvre du maître et celle de la muse Calliope d'après Rosalba Carriera (Amisfield House, Haddington) sont bien de la main de Neilson, elles prouvent effectivement qu'il n'était pas dénué de talent. Avec les années, les deux hommes étaient en tout cas restés en termes d'amitié puisque Neilson comptait dans le testament établi par La Tour le 9 février 1784 parmi ses bénéficiaires(Besnard et Wildenstein, 1928, p. 117). Aussi avait-il pu recevoir une version de l'autoportrait en 1776, ainsi que le mentionne l'annotation laissée au dos du pastel acquis par le Louvre. Lorsqu'elle est réapparue sur le marché de l'art, cette version fut immédiatement remarquée pour sa vivacité d'exécution et son « supplément de réalisme», l'artiste semblant paraître avec les lèvres gercées. Également présent sur l'exemplaire du musée d'Art et d'Histoire de Genève,ce métier plus graphique, moins velouté, moins fondu, plus hâtif, nous avait conduit il y a quelques années à penser qu'il pouvait être caractéristique du début de la carrière de l'artiste (Salmon, 2004d,p. 54). La réapparition des portraits de Mme Restout (Orléans, musée des Beaux-Arts) et de Mlle de La Boissière (Paris, musée du Louvre),tous deux exposés au Salon de 1738, nous incite aujourd'hui à une autre conclusion. Les pastels montrés un an après la première version de l'autoportrait à l'index sont en effet d'un grand fini et d'un illusionnisme dans la transcription des matières qui n'ont rien à voir avec le pastel provenant de Jacques Neilson. La première version de l'autoportrait, peut-être celle qui demeura dans le fonds d'atelier de La Tour et qui lui servit de modèle pour ses répliques, présentait certainement cette même manière de fondre les couleurs, de jouer avec la lumière afin de transcrire le volume, de donner le sentiment presque tactile des chairs ou des étoffes. Certaines des versions de l'autoportrait récemment réapparues sur le marché de l'art n'en sont pas dépourvues. L'exemplaire de Neilson présente quant à lui ces petits accents graphiques, cette vivacité qui marquent les œuvres postérieures. C'est pourquoi c'est plus certainement à la seconde moitié de la carrière du maître qu'il faut le rattacher (Xavier Salmon, Pastels du musée du Louvre XVIIe -XVIIIe siècles, Louvre éditions, Hazan, Paris, 2018, cat. 78, p. 156-158). neiljeffares.wordpress.com/2018/07/12/the-louvre-pastels-catalogue-errata-and-observations, n° 78. Xavier Salmon, "La plus belle collection de pastels au monde" in Grande Galerie, été 2018, n°44, pp.34-35, 50-59.

INDEX :
Personnes : La Tour, Maurice Quentin de - Schmidt, Georg Friedrich, gravure en rapport
Sujets : Autoportrait - Salon de 1737
Techniques : papier bleu - pastel - marouflé sur toile - monté sur chassis - marouflé - papier marouflé sur toile