Les collections du département desarts graphiques Musée du Louvre
Mise à jour de la fiche 29/07/2019 Attention, le contenu de cette fiche ne reflète pas nécessairement le dernier état du savoir.

RUSSELL John


Ecole anglaise

Portrait de Mary Jean ( 1766-1850) et de ses deux fils Thomas ( 1794-après 1797) et John ( 1795-1825).

INVENTAIRES ET CATALOGUES :
Cabinet des dessins
Fonds des dessins et miniatures
RF 31340, Recto

LOCALISATION :
Sully II
Epi 6

ATTRIBUTION ACTUELLE :
RUSSELL John

TECHNIQUES :
Pastel sur papier blanc marouflé sur toile tendue sur châssis. La toile est clouée non pas sur le chant, mais sur le revers. Mesures du cadre : H : 01,20; L : 00,970 et profondeur : 00,11. Signé et daté, en haut à gauche 'J. Rusell R.A.pt. 1797'. La restauration de cette œuvre a été rendue possible grâce au soutien de Stefania Kahn avec la collaboration des American Friends of the Louvre en 2012.
H. 01,000m ; L. 00,800m

HISTORIQUE :
Peint en 1797 pour Thomas Jeans (1749-1835) et son épouse Mary (1766-1850), le pastel fut payé avec son cadre et son verre la somme de 93 livres 8 shillings. Cadre et verre furent fournis par Benjamin Charpentier,sculpteur, doreur et fabricant de cadres installé à Londres, qui demanda le 21 février 1798 la somme de 12 livres 9 shillings. L'oeuvre a été exposée à la Royal Academy à Londres en 1798 sous le numéro 414. Elle est ensuite restée dans la descendance des modèles, leur fils George Jeans (1803-1863), puis le fils de ce dernier, George Edward Jeans (1848-1921), Shorwell Vicarage, île de Wight, où il est cité en 1894 par Williamson. À cette date, le propriétaire avait prévu de donner le portrait à sa nièce Mabel Violet Jeans, mais l'oeuvre fut vendue entre 1900 et 1910 avant sa mort. Collection de Mme Charles Léon Justin Démogé, née Jeanne Juliette Lucas (1873-1963), propriétaire des Nouvelles Galeries, qui en fit don sous réserve d'usufruit au musée du Louvre en 1962. Entré au musée en 1963. Restauré en 2012 grâce au soutien de Stefania Kahn (décadrage,consolidation des angles, dépoussiérage de la toile de marouflage, réencadrement dans un cadre emboîtant).
Dernière provenance : Démogé, Mme
Mode d'acquisition : don
Année d'acquisition : 1962


COMMENTAIRE :
Geneviève Monnier, Inventaire des Collections Publiques Françaises, Pastels des XVIIe et XVIIIe siècles, Musée du Louvre, 1972, n° 105. Neil Jeffares donne ce pastel à John Russell, portrait de Mrs (Thomas) Jeans, wife of the Rev. Dr Jeans (Rector of Witchington (1749-1835), and her sons Thomas and John Locke (1795-1827) (Dictionary of pastellists before 1800, Londres, 2006, p. 456). Le portrait a été gravé par William Nutter (1754-1802) sous le titre « A Mother's Holiday » (Les Loisirs d'une mère). En 1894, Williamson indiquait que l'épouse de Thomas Jeans avait été considérée de son vivant comme l'une des plus charmantes femmes de son temps. Incapable de donner à son joli visage la juste expression, Russell aurait volontairement fait le choix de la figurer de profil. On ne sait si l'on peut accorder une quelconque véracité à cette anecdote. Le portrait de la mère et ses deux enfants n'est en effet pas l'unique scène familiale où le maître ait décidé de ne pas figurer tous ses modèles de face au sein d'une seule et même composition. Peint en 1799, le beau portrait de Thomas Pitt et son fils William (vente Sotheby's, Londres, 30 juin 2005, lot 221, repr.) offre ainsi une image du père tourné vers la gauche dont le visage se détache sur le fond sombre comme s'il s'agissait d'une médaille. Le parti animait la composition de manière naturelle en distinguant les plans et lui donnait ainsi plus de profondeur. Williamson révélait également que Russell avait considéré la représentation du bonheur maternel de Mme Jeans comme sa création la plus réussie. On peut aussi s'en étonner, tant l'œuvre du maître comporte d'autres portraits de famille, de dimensions plus imposantes encore, à l'exemple du pastel réunissant lady Margaret Johnstone et ses cinq enfants exposé à la Royal Academy en 1803, et tant de nombreux autres de ses portraits sont marqués par plus de naturel. Peut-être faut-il expliquer cette estime toute particulière accordée à l'œuvre par les relations qui avaient uni l'artiste à la famille Jeans. Mais si tel était le cas, les témoignages font défaut pour nous le confirmer. Neil Jeffares a cependant récemment pu donner de nombreux éléments biographiques sur les modèles (blog, 19 décembre 2017), et ainsi révéler qu'ils avaient eu des liens avec plusieurs des clients qui avaient sollicité le maître. Il a ainsi souligné que le pastel avait été gravé par WilliamNutter peu après avoir été achevé puisque le titre de l'estampe,« A Mother's Holiday », faisait référence à la pièce de théâtre « Pizzaro au Pérou » traduite de l'allemand par Richard Brinsley Sheridan, autre modèle du portraitiste, et jouée en 1799 au théâtre de Drury Lane à Londres. Le docteur Thomas Jeans (1749-1835) était recteur à Witchington, dans le comté de Norfolk. Dans les années 1770, il avait voyagé en France, où il était devenu le chapelain de l'ambassadeur d'Angleterre, lord Stormont. C'est également lors de ce séjour qu'il avait été l'ami du colonel Horace St Paul (1729-1812), secrétaire d'ambassade dont Russel avait exposé le portrait en 1797 à la Royal Academy, soit l'année où il fixait les traits de Mme Jeans et de ses deux fils. Le 13 avril 1786, Thomas Jeans avait épousé Mary Springer (1766-1850) à St James's Piccadilly. La jeune femme était la fille de Benjamin Springer, homme de peu de scrupules qui avait vendu les biens dont il était propriétaire en Floride et avait tenté d'obtenir d'importants dédommagements après que ces territoires américains eurent été cédés à l'Espagne à la suite du traité de Paris en 1783. De l'union de Thomas Jeans et Mary étaient nés plusieurs enfants, une fille, Caroline, puis deux garçons, Thomas, baptisé à Norwich le 5 janvier 1794, qui mourut probablement peu de temps après que Russell eut peint le pastel, et John Locke, baptisé le 1er octobre 1795 dans la paroisse de son père à Witchington (actuelle Great Witchingham). Après avoir été à Pembroke College à Oxford, celui-ci était devenu chapelain de l'église d'Angleterre à Rotterdam en 1825. La mort l'avait emporté deux ans plus tard. Un troisième fils, George, était venu au monde en 1803. C'est lui qui, à la mort de sa mère en 1850, avait hérité du grand pastel de Russell et l'avait à son tour légué à son fils George Edward Jeans (1848-1921), chez qui George Charles Williamson avait pu l'admirer en 1894 (Xavier Salmon, Pastels du musée du Louvre XVIIe -XVIIIe siècles, Louvre éditions, Hazan, Paris, 2018, cat. 130, p. 266-267). neiljeffares.wordpress.com/2018/07/12/the-louvre-pastels-catalogue-errata-and-observations, n° 130.

INDEX :
Personnes : Jean, Mme - Jean, Thomas et John
Sujets : portrait
Techniques : pastel

REFERENCE DE L'INVENTAIRE MANUSCRIT :
vol. 26, p. 316