Les collections du département desarts graphiques Musée du Louvre
Mise à jour de la fiche 03/08/2018 Attention, le contenu de cette fiche ne reflète pas nécessairement le dernier état du savoir.

VIGEE-LEBRUN Elisabeth


Ecole française

Portrait du comte Moriz de Fries.
Homme anonyme

INVENTAIRES ET CATALOGUES :
Cabinet des dessins
Fonds des dessins et miniatures
RF 29663, Recto

LOCALISATION :
Sully II
Epi 11

ATTRIBUTION ACTUELLE :
VIGEE-LEBRUN Elisabeth

TECHNIQUES :
Pastel sur papier gris-bleu marouflé sur toile tendue sur châssis. Signé à gauche à hauteur de l'épaule : 'Mme Le Brun'. Les mesures du cadre sont : H : 00,77 ; L : 00,67 et profondeur : 00,065.
H. 00,557m ; L. 00,465m

HISTORIQUE :
Collection de Lucien et Agathe Laveissière ; legs fait au musée du Louvre en 1947 (comité d'avril et conseil de décembre 1947) par leur neveu Jacques Lenté (1890-1967), en leur souvenir et en respect du legs fait par voie testamentaire le 28 novembre 1946 par Agathe Laveissière, née Delahalle (1870-1946).
Dernière provenance : Lenté, Jacques
Mode d'acquisition : legs
Année d'acquisition : 1947


COMMENTAIRE :
Le château qui apparaît au fond à droite, évoque la résidence de Josephs-Platz, où se réunira en 1815 le Congrès de Vienne. Geneviève Monnier (Inventaire des Collections Publiques Françaises, Pastels des XVIIe et XVIIIe siècles, Musée du Louvre, 1972, n° 109. Souvenirs de Mme Vigée- Lebrun, Paris, Charpentier, 1869, T I, p. 279-280. Neil Jeffares donne ce pastel à Elisabeth-Louise Vigée Le Brun, portrait de Moritz Christian Graf von Fries (1777-1828) ? (Dictionary of pastellists before 1800, Londres, 2006, p. 529). Le portrait est entré au Louvre en 1947 comme figurant le comte Moritz Christian von Fries (1777-1826). Dans ses Souvenirs, Mme Vigée Le Brun relate combien elle goûta la société de la famille du jeune homme lors de son séjour à Vienne de l'automne 1792 à avril 1795 (éd. 2015, p. 475-476) : « La maison du baron de Strogonoff n'était pas la seule à Vienne où l'on jouât la comédie de société. La comtesse de Fries, veuve du fameux banquier de ce nom, avait une très jolie salle de spectacle, dans laquelle je l'ai vue parfaitement bien jouer les rôles de caractère. Sa fille, mademoiselle Fries, avait une très belle voix, et chantait à merveille, en sorte que l'on donna un jour pour elle un petit opéra à trois acteurs. Tout alla fort bien d'abord ; la scène se passait dans une île déserte, où deux amants s'étaient réfugiés. Mademoiselle de Fries jouait le rôle de la jeune fille, M. de Rivière celui de l'amant, et tous deux chantaient admirablement; mais, vers la fin de la pièce, le père de l'amante arrive dans une barque. On avait collé une barbe, faite en coton, autour de la bouche et du menton de celui qui remplissait ce rôle ; mais, dès que ce jeune homme se met à chanter, cette barbe se détache et lui entre dans la bouche de telle sorte qu'il en fut presque suffoqué. Nous l'entendions crier d'une voix étouffée : J'avale ma barbe ! J'avale ma barbe ! et quoi que ce grotesque accident n'eût aucune suite fâcheuse, l'Opéra en resta là. Mademoiselle de Fries était excellente musicienne, et, quand je fis son portrait, je voulus la peindre en Sapho chantant, et s'accompagnant de la lyre. Son visage sans être joli, avait infiniment d'expression. Sa sœur, la comtesse de Schoenfeld, était très jolie, et fashionable autant qu'on puisse l'être au point que, sa mère, madame de Fries, avait un jour donné, dans une pièce, un rôle à son neveu, qui n'avait point l'air distingué ; et comme, me trouvant placée au spectacle à côté de madame de Schoenfeld, je lui demandai qui était ce monsieur, elle me répondit avec confusion : le neveu de ma mère, ne pouvant se décider à dire : C'est mon cousin. » Originaire de Mulhouse où il était né en 1719, le comte Johann Joseph von Fries s'était distingué par ses talents de financier. À sa mort en 1785, il avait laissé à sa veuve Anne von Escherny (1737-1807) et à ses enfants une banque familiale florissante et une fortune considérable. Les Fries menaient donc grand train lorsque Élisabeth Vigée Le Brun fut invitée dans leur société. Ainsi qu'elle le consigne dans la liste de ses portraits peints pendant son séjour d'émigration avant son départ pour la Russie (éd. 1985, p. 565-566), elle fut sollicitée à plusieurs reprises afin de fixer les traits des membres de la famille. Anna Philippina Johanna Sophia (1769-1835) fut représentée en Sappho, tenant une lyre et chantant, à mi-jambes (Musée national du château de Jaromice, République tchèque, inv. JRO1550a. Huile sur toile, 1,36 × 0,98 m). Elle épousa en 1794 le comte Heinrich Wilhelm von Haugwitz (1770-1842). Sa sœur, Ursula Margareta Viktoria (1767-1805), qui avait épousé le comte Johann Hilmar Adolf von Schönfeld (1743-1820), ambassadeur de Saxe à la cour d'Autriche, fut portraiturée avec sa fille assise sur ses genoux (Tucson, The University of Arizona Museum of Art, The Samuel H. Kress Collection, inv. 61.13.28. Huile sur toile, 1,34 × 0,978 m. Signé et daté en bas à gauche : L. E. Vigée / Le Brun à Vienne en 1793). Enfin, Moritz Christian Johann, leur jeune frère, fut peint au pastel, l'artiste mentionnant à deux reprises, parmi ses pastels faits à Vienne, « le frère de Mademoiselle de Fries, en buste »,et « le jeune comte son frère, M. de Fries ». Vigée Le Brun désignait alors certainement une seule et même œuvre aujourd'hui perdue qui passa en vente chez Lepke à Berlin le 17 novembre 1910 (lot 116.Pastel sur papier, 0,470 × 0,320 m) et fut alors heureusement reproduite après avoir été également gravée au début du XIXe siècle par le miniaturiste Jean Keller, qui tenta de travailler vers 1802 pour la Chalcographie nationale. Figuré en buste, le jeune Moritz von Fries y paraît tourné vers la droite, le visage de face, les cheveux longs, une cravate formant noeud nouée autour du cou, vêtu d'une redingote à large col, soit tout à fait suivant la mode des années 1790 à Vienne. Il se distingue nettement par la ligne de son nez, par les dessins de sa bouche et de ses lèvres de l'homme figuré sur le pastel du Louvre. Modèle plus âgé aux yeux bleus, ce dernier ne peut avoir été portraituré entre 1793 et 1795, car sa coiffure aux cheveux courts et bouclés ramenés sur le front et les tempes est caractéristique de la mode capillaire dans la première décennie du XIXe siècle. Aussi, plutôt qu'une œuvre du temps de l'émigration, faut-il y reconnaître l'un des pastels peints par Élisabeth Louise Vigée Le Brun après son retour à Paris en 1802, peut-être même après 1805, dont le modèle avait sans doute été reconnu comme Moritz von Fries en raison de la ressemblance offerte avec le célèbre tableau peint à Paris vers 1804 par François Gérard (1770-1837) figurant le jeune banquier en compagnie de son épouse Maria Theresia, née princesse Hohenlohe- Waldenburg-Schillingfürst, et leur fils nouveau-né Moritz (Vienne, Österreichische Galerie Belvedere). Si Mme Vigée Le Brun avait eu vers 1805 le plaisir de portraiturer à nouveau Fries, très certainement l'aurait-elle mentionné dans ses mémoires. Le modèle du pastel du Louvre demeure donc sans identité (Xavier Salmon, Pastels du musée du Louvre XVIIe -XVIIIe siècles, Louvre éditions, Hazan, Paris, 2018, cat. 144, p. 286-287). neiljeffares.wordpress.com/2018/07/12/the-louvre-pastels-catalogue-errata-and-observations, n° 144.

INDEX :
Collections : Laveissière - Lenté
Personnes : Moriz de Fries, comte
Sujets : portrait
Techniques : pastel - toile

REFERENCE DE L'INVENTAIRE MANUSCRIT :
vol. 26, p. 78