Les collections du département desarts graphiques Musée du Louvre
Mise à jour de la fiche 27/08/2018 Attention, le contenu de cette fiche ne reflète pas nécessairement le dernier état du savoir.

RUSSELL John


Ecole anglaise

Portrait de petite fille, tenant des cerises
Mary Hall ( 1784-entre 1836 et 1858), future épouse de Joseph Paice Vickery.

INVENTAIRES ET CATALOGUES :
Cabinet des dessins
Fonds des dessins et miniatures
MI 1113, Recto

LOCALISATION :
Sully II
Epi 6

ATTRIBUTION ACTUELLE :
RUSSELL John

TECHNIQUES :
Pastel sur papier brun collé par les bords sur un carton (peut-être la feuille d'œuvre a-t-elle été anciennement découpée). Signé et daté, en bas à gauche, à la mine de plomb : JRuSsell.R.A. p.ixt / 1788 Au dos d'une planche de fer peinte en noir protégeant le carton, feuille de papier collée en plein, portant à la plume et encre brune, de la main de Russell : « to observe / If this Picture is going too hot climate / the paper at the back shoud be examined / and if it shoud be cracked fresh paper must / be pasted over to keep out the dust. / If it shoud be found necessary to clean the inside of the glass at any time let the Picture / be taken out of the Frame with the utmost / caution that nothing Touch its Face, it may / hung on a nail on the wall till it is ready / to be returned into the Frame which must / be secured to keep out the dust as at preceed / N.B. no kind of painting will stand / if the sun is suffered to shine on it for / any lenght of time. / J. Russell R.A. Crayon painter of His Majesty and His RI Hs the Prince of Wales / no7 Mortimer Street Cavendish Square. » Mesures du cadre : H : 00,765, L : 00,615 et profondeur : 00,075.
H. 00,608m ; L. 00,457m

HISTORIQUE :
Peint en 1788 pour les parents du modèle, William Hall (1750-1805) et Mary Reid (1750-1794). En possession du modèle, puis de son fils Alfred Dehany Vickery (1819-1868), résidant à Arsonval, près de Bar-sur-Aube. Légué par ce dernier au musée du Louvre, le pastel est entré dans les collections en 1869 (A.L., D6 1869, 24 mai). Restauré en 2018 (écadrage, dépoussiérage du carton de support, élimination mécanique des moisissures, consolidation de quelques déchirures en bordure, réencadrement dans une boîte de conservation).
Dernière provenance : Vickery, Alfred Henry
Mode d'acquisition : legs
Année d'acquisition : 1868


COMMENTAIRE :
Geneviève Monnier, Inventaire des Collections Publiques Françaises, Pastels des XVIIe et XVIIIe siècles, Musée du Louvre, 1972, n° 104. Neil Jeffares donne ce pastel à John Russell, sujet Petite fille aux cerises (Dictionary of pastellists before 1800, Londres, 2006, p. 473). En 1908, Maurice Tourneux commençait ainsi son article biographique dédié à John Russell : « entre tous les pastels exposés dans les galeries du Louvre, il n'en est peut-être pas un seul qui soit plus fréquemment mis à contribution par les copistes que l'Enfant aux cerises de John Russell,et l'on pourrait presque compter les jours où un chevalet n'en obstrue. pas l'approche. Voici tantôt quarante ans que le baby aux lèvres rieuses reçoit sous cette forme le tribut d'une admiration toujours renaissante ».Neil Jeffares répertorie en effet fin novembre 2017 (www.pastellists.com) onze copies peintes au pastel d'après l'œuvre et deux versions de meilleure qualité, l'une qui appartenait à Jeffrey Whitehead en 1894 et fut ensuite acquise en 1911 par Henry E. Huntington (0,61 × 0,53 m. San Marino, Huntington Collections, inv. 11.34), l'autre autrefois en possession d'Asher Wertheimer après avoir été vendue à Londres par Christie's le 10 juin 1910, lot 88 (0,606 × 0,527 m. Non localisée). La « petite fille aux cerises » est avec la « fillette au chat » de Jean-Baptiste Perronneau l'un des pastels les plus populaires du musée du Louvre. Depuis 1869, il a largement contribué à la renommée en France de son auteur, John Russell, et peut expliquer qu'il soit aujourd'hui le seul pastelliste britannique représenté dans la collection, avec quatre de ses créations. L'homme fut un des pastellistes les plus prolifiques de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Fils d'un marchand de livres devenu maire de Guildford, dans le Surrey, il entra en 1762 dans l'atelier de Francis Cotes à Londres, où il se perfectionna rapidement dans le maniement du pastel. Dès 1772, il publiait un ouvrage sur la technique (Elements of painting with crayons) qui faisait l'objet dès 1777 d'une seconde édition révisée. Nommé associé à la Royal Academy en 1772, il ne fut reçu membre qu'en 1788. Russell avait déjà la réputation d'être l'un des plus habiles pastellistes du pays. En 1785, il était nommé « peintre en crayons » du prince de Galles, en 1790, peintre du roi, et en 1792, peintre du duc d'York. Portraitiste recherché, l'artiste s'illustra aussi par ses sujets de genre ou de fantaisie (« fancy pictures »). Longtemps la petite fille aux cerises fut tenue pour telle, Russell ayant multiplié les sujets d'enfants en action afin de leur donner plus de naturel et de vie que dans une attitude posée. Neil Jeffares a pu tout récemment retrouver l'identité du jeune modèle (blog en ligne). Un Indice d'importance avait été donné à ce sujet par Maurice Tourneux en 1908 (p. 82). Dans son article biographique, il indiquait en effet qu'au mois de mai 1869, le maréchal Vaillant, ministre de la Maison de l'Empereur et des Beaux-Arts, avait été informé par un notaire de Bar-sur-Aube qu'un Anglais, M. Henry Vickery, mort le 30 août 1868 dans le village d'Arsonval, avait légué au Louvre « un pastel d'origine anglaise, paraissant remonter au dernier siècle, et représentant un jeune enfant d'environ cinq ans, tenant de sa main droite élevée deux cerises et de la main gauche un panier renfermant les mêmes fruits ». En transmettant cette lettre à M. de Nieuwerkerke, directeur général des Musées, le maréchal avait ajouté qu'il s'agissait de la mère du légataire, particularité dont il n'avait pas été question dans la lettre du notaire et qui lui avait peut-être été révélée par une communication orale. Cette information était d'importance puisqu'elle a permis à Jeffares de préciser en consultant les documents d'état civil d'Arsonval que M. Henry Vickery se nommait en fait Alfred Dehenin Vickery,puis à l'aide de ce nom de tirer le fil familial parmi les archives. Marié à Londres en 1855 avec Joséphine Vangraefschepe, Alfred était le fils de Joseph Paice Vickery, né en 1785 dans le Lincolnshire et mort à Paris en 1858, et de Mary Hall, appartenant à une riche famille de planteurs possédant des terres en Jamaïque. Fille de William Hall (1750-1805) et de Mary Reid (1750-1794), Mary était née en 1784. Lorsqu'elle posa pour Russell, elle était dans sa cinquième année, ce qui correspond à l'âge de la fillette aux cerises et ce que confirme la date apposée sur le portrait par le pastelliste après son nom. Celle-ci a été diversement lue, 1780 par Geneviève Monnier, 1785 par George Charles Williamson, 1798 par Maurice Tourneux. À l'occasion de la récente restauration du pastel, elle a été observée à la loupe et photographiée. L'examen attentif a permis de constater qu'il était possible d'y lire 1788, le premier huit étant en partie effacé mais présentant la même inclinaison que le second. Reçu cette année-là à la Royal Academy, Russell avait pris l'habitude à partir de cette date de faire suivre sa signature des lettres R. A. Aussi le pastel ne pouvait-il avoir été peint ni en 1780 ni en 1785. Pleine de naturel, l'effigie de la petite Mary Hall avait probablement compté au nombre des œuvres dont le pastelliste avait été le plus fier puisqu'il avait pris soin d'en protéger l'arrière au moyen d'une plaque de métal afin d'éviter que l'humidité ou l'eau ne viennent gâter le pastel. Avec la même attention, il s'était également attaché à laisser par écrit sur un morceau de papier collé sur cette planche les recommandations nécessaires à la bonne conservation de son œuvre. Peu de pastellistes avaient fait de même, sinon aucun (Xavier Salmon, Pastels du musée du Louvre XVIIe -XVIIIe siècles, Louvre éditions, Hazan, Paris, 2018, cat. 127, p.2 62-264). neiljeffares.wordpress.com/2018/07/12/the-louvre-pastels-catalogue-errata-and-observations, n° 127. Xavier Salmon, "La plus belle collection de pastels au monde" in Grande Galerie, été 2018, n°44, pp.34-35, 50-59.

INDEX :
Collections : Vikory, Henry
Personnes : Hall, Mary
Sujets : portrait
Techniques : pastel

REFERENCE DE L'INVENTAIRE MANUSCRIT :
vol. 18, p. 86